J'ai pris tout mon temps. Pas pour l'acheter, ni pour l'écouter. Achat en double (CD et double vinyle édition limitée). Mis en boucle sur la platine depuis le jour de sa sortie. Pas lu une critique ni un seul article, ni même le blog de Pierrot. Voulu être seul face à ce moment de grâce, un nouvel album de Murat. Mais si particulier celui-là... Pris le temps avant de donner les impressions qui suivent.
J'ai d'abord lu le texte de Denis Clavaizolle, si clair, si beau. Et puis j'ai entendu le bonheur. Le bonheur de jouer, d'être sur scène avec ses potes musiciens. Ce n'est pas un concert, c'est une sélection des meilleurs enregistrements de la tournée. Et ça s'entend. Un franc "Bonsoir" pour débuter, c'est pas si courant la fluidité de ce mot prononcé pour JLM. C'était parfois plus bougon, plus emprunté, ou absent. Il swingue bien ce Jean Bizarre qui ouvre le disque. Intro aux claviers, une batterie qui rentre décidée, la guitare rythmique acérée : c'est pêchu, on a envie de bouger... La Princess of the cool qui suit est d'une envoutante beauté. C'est limpide et presque recueilli. Habité. Guitare wah wah et claviers créent une atmosphère qui me font penser à une cathédrale (je ne sais pas pourquoi, c'est ce qui me vient à chaque écoute. "Billy!" Murat semble appeler quelque comparse. Les experts sauront sans doute en dire plus et mieux. Moi je me dilue dans cette enveloppe musicale et je fonds littéralement. Retour du rock avec Où Géronimo rêvait, un Murat qui se lâche complètement dans l'intro (Hey Denis, Houhhhhh). Choeurs. Une version qui montre que ce dernier disque intimiste était fait aussi pour être joué en concert. Ciné Vox nous renvoie dans la mélancolie. Superbe arrangement. Et voilà Taormina. Jean Louis commence quasiment seul, avec la batterie. C'est lent. Très. C'est une supplique et cela va devenir une transe, avec une guitare en déluge. Oui je sais on ne dit pas "en déluge" mais si on a le droit de l'écrire s'agissant de ce moment. A écouter très fort. "Oh s'il te plaît, sors avec moi, forge l'éclair, coupe la mort..." C'est un sommet, ovation. Sommet qui est enchainé avec un autre, Chacun sa façon. Ce morceau se révèle être un véritable tube pop-rock. Impossible de ne pas se trémousser, impossible de ne pas chantonner le refrain. C'est très réussi, les choeurs sont nickels, "Chacun sa façon en son infini de se dire un jour alors c'est fini"; "Jamais pensé en ta matière qu'un coeur solitaire vit en enfer ". Murat interpelle le groupe : "encoooore". Magnifique. Et là, Murat nous sort Hello You, titre inédit, qui nous rappelle que derrière les disques officiels Murat a un stock de chansons cachées géniales. C'est du très grand Murat. Intro claviers - voix. Et au bout de deux minutes, une deuxième chanson qui démarre. Là encore, un air et un refrain imparable. Et Murat s'éclate à lancer les choeurs. Ca fait plaisir de l'entendre se faire plaisir sur scène. Ma Babe nous réentraîne sur le chemin de la piste de danse avec une rythmique funky et une batterie en avant. Marylin et Marianne reste dans cette veine. C'est très bon. Vient alors La Pharmacienne d'Yvetot. Un piano-voix où Murat montre qu'il est une excellent chanteur. Et c'est l'envoûtant Frankie... Chanson énigme, chanson mystère, pour moi, qui convoque les esprits lointains. Près de 7 minutes. C'est magistralement joué, un peu comme un "nu dans la crevasse"... Montboudif qui est une de mes chansons récentes préférées permet de se dandiner à nouveau. Intro excellente. Une nouvelle réussite. Décidément tout est bon dans ce disque! Du rock, du vrai! La batterie introduit Battlefield et le concert donne à ce morceau une sacrée dimension. Les choeurs sont présents. Le groupe est excellent. Le chemin des poneys clôt le disque sur une note lente, une montée en puissance sonore magnifique... 8mn. Au total une heure quinze de bonheur. C'est beaucoup trop court! Encore! Merci à ceux qui ont fait ce disque possible. Je pense que c'est le meilleur disque live de Murat. Muragostang traumatise trop les chansons (j'étais au concert c'était fou, d'une puissance sonore inégalée, mais trop loin des chansons pour moi). Le Murat live de 1993 souffre de la comparaison au niveau de la sonorité groupe rock. Les autres enregistrement live (Parfum d'acacia par exemple) sont des expériences certes superbes mais ne rendent pas la notion de concert. Murat était un très grand, ce disque le prouve une fois de plus. Répertoire, jeu de guitare, chant. Et les musiciens sont excellents : Denis Clavaizolle au clavier, Fred Jimenez à la basse, Yann Clavaizolle à la batterie. Merci. Bravo. "Bonsoir Yann, Fred et Deniiiiiiiiiiis". Voilà comment ça finit.

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