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dimanche 3 novembre 2019
Ken Loach 2019 : révoltez-vous!
Après l'extraordinaire I Daniel Blake, palme d'or à Cannes, Ken Loach allait-il abandonner la partie et se reposer sur des lauriers mérités? C'était mal le connaître que de simplement le supposer... On parle ici d'un cinéma parfois qualifié de "social" mais que je préfèrerai qualifier de "politique". Éminemment.Dans Sorry we missed you, le cinéaste nous plonge presqu'en huis-clos dans une famille en pleine crise. L'obstination du père à vouloir s'insérer dans le système des franchises de livraison tourne au désastre intime et professionnel. Dans ce combat qu'il croit être pour sa dignité, il perd sa lucidité et ses moyens, et ce n'est pas la révolte du fils rebelle qui lui ouvre les yeux. Le message de Ken Loach est encore plus fort que la dénonciation du film I Daniel Blake, homme broyé par un système qui lui refuse assistance. Dans ce film, le héros se révoltait et si l'issue était fatale, ce n'était pas sans combattre. Ici rien de tel. Dans le personnage du chauffeur aveuglé par ses dettes et ses "responsabilités professionnelles" l'aveuglement est total. Loach pousse à la révolte, exhorte les travailleurs à ne pas accepter le système, à ne pas volontairement se résoudre à la soumission du nouvel esclavagisme. Le système vous broiera et ne témoignera aucune humanité, n'attendez rien de lui, semble-t-il nous dire. La famille, l'humain, sont en ruines à l'issue du film. Aucune once d'espoir hors la révolte; un film très noir. Un appel à l'insurrection?
mercredi 29 novembre 2017
Murat, attention aux travaux!
Donc, le nouveau Murat, attendu comme un événement parce que tout de même les derniers étaient de grandes réussites. (On met au défi quiconque d’aligner en si peu de temps des albums de la qualité de la série : Le cours ordinaire des choses – Grand lièvre – Toboggan – Babel – Morituri… )
L’ambiance un peu délétère dans laquelle était plongée l’annonce de l’absence de tournée après Morituri amplifie le désir des retrouvailles. Le teaser et les premiers bruits sont excitants : On ne sera pas en terrain connu et Murat est en chantier ! C’est fait, objet acheté… Qu’en est-il des travaux ?
OVNI de prime abord. Rien d’entendu nulle part… Et pourtant rapidement apparaît l’évidence… On est bien en terre muratienne. Quelques lignes mélodiques imparables disséminées tout au long de l’album entretiennent l’attention et l’espoir d’une chanson au format traditionnel, qui ne viendra pas… : l’intro de « Dis-le le », celle de « Garçon », « Alamo » sont somptueuses et annoncent des tubes potentiels…. Avec « Le chat », « Quel est le problème Moïse ? », « Travaux sur la N 89 » des sons de tous genres nous rappellent que Murat s’est plus souvent que beaucoup d’autres fréquemment remis en question par la recherche de nouveaux territoires. Et que la chanson peut mêler les formes : en l’occurrence pop, blues électro, chansonnette… « Cordes » est un exemple de voyage à l’intérieur des chansons de leurs multiples ambiances. Idem pour « Dis-le le » absolument envoûtante. Il y a donc de superbes moments en effet, d’agaçantes et frustrantes ruptures qui conduisent à revenir à ces passages. Métaphore du zapping perpétuel de nos sociétés ? Finalement c’est une forme de boucle qui se construit : et si écouter l’album en mode repeat était la solution ?
Dans les paroles certains mots nous rappellent bien l’univers habituel de JLM : « Coltrane », « Travaux sur la N89 » ( et son superbe piano d’intro, si brève l’intro…) ou encore « La vie me va ».
Qui connaît Murat en concert ne sera pas surpris de voir le chamboulement car enfin, il a toujours cassé les codes et envoyé valser la bienséance de concerts formatés se ressemblant au risque de l’effroi du spectateur-auditeur venu entendre les tubes radios : Muragostang en est le meilleur exemple, mais pas l’unique. La tournée en duo guitare batterie, superbe réussite, témoigne, elle aussi, d’une capacité hors norme à tout bouleverser.
Paradoxalement, cet album si peu évident à écouter nous invite à la réécoute et agit par strate. Des lignes de basses, des nappes, des moments aériens, d’autres bien plus terriens, nous ramènent à l’évidence du talent mélodique de l’auteur. Et nous invite à dire « Encore ! »
PS : Nouvelle écoute : A l’évidence il y a de vraies chansons majeures : « Dis-le le » (je sais, j’insiste), « Coltrane », « Garçon », "Chanson de Sade" s’inscrivent dans la lignée des grandes chansons de JLM sans aucun problème !
Si cela vous intéresse j'avais déjà écrit ceci sur JLM : https://lamouetterouge.blogspot.fr/2011/09/homme-seul-perdu-de-vue.html et aussi ceci : https://lamouetterouge.blogspot.fr/2017/11/en-quete.html
mercredi 5 avril 2017
lettre à un chanteur disparu
Cher Renaud Séchan, on ne se connait guère, on ne s'est vu que de manière assez inégale, moi dans le public, vous sur scène, à plusieurs reprises; On ne se connaît guère, néanmoins, puis je vous appeler Renaud?
Vous avez annoncé, cher Renaud, que vous voteriez Macron, après avoir déclaré votre sympathie à Fillon, appelé à voter Bové, Mitterrand etc. J'admire votre constance à exprimer publiquement votre soutien au moment T, quand personne ne vous le demande... Serait-ce volonté, peut-être goût, de prendre des coups? Votre déclaration est, d'après ce que j'en comprends, moins une prétention à croire en une influence quelconque que vous auriez, mais à un "foutez moi la paix" préventif... Peu importe, en fait.
Personnellement, je reste surpris de vos choix mais ils ne me regardent guère.
Naguère, vous avez écrit quelques chansons magnifiques, qui resteront comme des moments importants de la chanson française. Parmi elles, Oscar, Banlieue Rouge et Son bleu.
Pour ces trois-là cher Renaud, j'aurais vraiment voulu que vous vous abstinssiez de déclamer votre préférence envers le candidat Macron. Je n'ai pas la prétention d'être écouté par vous, ni de vous faire changer d'avis, cela ne me regarde pas. Mais enfin quand on a écrit ces chansons là, peut-on vraiment croire au candidat Macron, même face au péril facho?
Je réécoute ce Renaud-là, chanteur disparu comme sa voix... et je me dis qu'il faut voter Mélenchon... pour faire péter tout ça!
'Tain c'est des vachtes de bonnes chansons!
Bien à vous cher Renaud et au plaisir de réécouter vos disques. D'avant.
"De quinze tonnes de lessive
De monceaux de bidoche
En cas d'guerre en cas d'crise
Ou d'victoire de la gauche
Ce spectacle l'écœure
Alors elle pense à ces gars
Qui sont dev'nus voleurs
Elle comprend mieux pourquoi" (Banlieue rouge)
"Pourquoi y r'pense aujourd'hui au p'tit
V'la dix ans qu'il est parti
"Salut pauv' cave
Tu s'ras toujours un esclave"
Eh ben tu vois gamin
Aujourd'hui j'suis plus rien" (Son Bleu)
"L'avait fait 36 le front Populaire
Pi deux ou trois guerres pi mai 68
Il avait la haine des militaires
J'te raconte même pas c'qu'y pensait des flics
Il était marxiste tendance Pif le chien
Syndiqué à mort inscrit au parti
Nous traitait d'fainéants moi et mes frangins
Parc' qu'on était anars tendance patchouli" (Oscar)
mardi 13 mai 2014
Mc Neil, Aubert-Houellebecq : mots et musiques
Deux disques bien différents unis par l'ambition de l'écriture sont sortis ces temps-ci : soit, à ma gauche, "Aubert chante Houellebecq", et à ma droite, le dernier David Mc Neil, "un lézard en septembre".
Plaisir de chansons.
Le premier cité, angoissait nombre de fans d'Aubert. Ils avaient tort. Ce disque restera peut-être comme le meilleur de JLA : Se confronter à l'écriture de Houellebecq a agi, selon moi, comme un défi pour Aubert, l'obligation d'une exigence supérieure : rigueur, concision, les morceaux sont imparables, habités par une extrême précision musicale, vocale et mélodique. Il est fort possible que la minute de "Lise" reste comme un classique éternel de la chanson française. Ce morceau sonne comme un grand Mc Neil, tiens! Le final de "l'enfant et le cerf-volant" propose un des meilleurs chorus rock que cette chanson rock en français ait jamais proposé et Aubert tient là son solo ultime. "La possibilité d'une île" est un texte magnifique dont Aubert a su tirer le rythme qui, absolument, l'habitait. Aubert propose des versions rocks ("Face B" par exemple) ou douces avec une unité magnifique... L'intensité est permanente et parvient à monter progressivement pour un final d'une absolue beauté. Ce disque est, vous l'avez compris, non seulement réussi, mais important. Le livret qui accompagne l'objet témoigne, à la limite de l'impudeur (mais en restant à la limite), de la naissance d'une amitié et d'un partage réussi. Finalement, ce disque sonne comme une évidence.
J'écoute en tapant ce texte, le dernier opus de David Mc Neil. Mon admiration, acquise d'avance, ne m'aveugle guère : Mc Neil est le seul chanteur de jazz français aujourd'hui... Son écriture toujours nostalgique (vocabulaire compris), reste d'une précision magique. Sa voix nous susurre toujours à l'oreille ce blues qui l'habite et qu'il raconte dans ses livres. Le dernier en date, le plus autobiographique, nous montre un homme à nu, n'ayant plus à se cacher à l'heure où l'âge agit comme une menace, au temps des épreuves. Dans la plus grande simplicité, il délivre les dernières clés, déjà distillées avec les énigmes de la fiction dans les précédents. Si les mélodies et certains vers n'évitent pas la redite (ici, une note de vieil homme au coeur tatoué, là tel emploi d'une élision déjà utilisée, la beauté de certains morceaux et l'unité musicale de l'ensemble font de cet opus le digne et réussi tome 2 de "Seul dans ton coin" (1991, déjà...). Mention spéciale aux deux duos, aux "douze mesures d'un blues", aux "amours impossibles" et à l'érotisme très suggestif dont Mc Neil est friand (soies, dentelles, caresses et peau douce dans la lignée des "passantes de Passy" : magnifique "bouton d'or", superbes "lézard en septembre" et poignant"sous ton matelas"). Du grand art.
Plaisir de chansons.
Le premier cité, angoissait nombre de fans d'Aubert. Ils avaient tort. Ce disque restera peut-être comme le meilleur de JLA : Se confronter à l'écriture de Houellebecq a agi, selon moi, comme un défi pour Aubert, l'obligation d'une exigence supérieure : rigueur, concision, les morceaux sont imparables, habités par une extrême précision musicale, vocale et mélodique. Il est fort possible que la minute de "Lise" reste comme un classique éternel de la chanson française. Ce morceau sonne comme un grand Mc Neil, tiens! Le final de "l'enfant et le cerf-volant" propose un des meilleurs chorus rock que cette chanson rock en français ait jamais proposé et Aubert tient là son solo ultime. "La possibilité d'une île" est un texte magnifique dont Aubert a su tirer le rythme qui, absolument, l'habitait. Aubert propose des versions rocks ("Face B" par exemple) ou douces avec une unité magnifique... L'intensité est permanente et parvient à monter progressivement pour un final d'une absolue beauté. Ce disque est, vous l'avez compris, non seulement réussi, mais important. Le livret qui accompagne l'objet témoigne, à la limite de l'impudeur (mais en restant à la limite), de la naissance d'une amitié et d'un partage réussi. Finalement, ce disque sonne comme une évidence.
J'écoute en tapant ce texte, le dernier opus de David Mc Neil. Mon admiration, acquise d'avance, ne m'aveugle guère : Mc Neil est le seul chanteur de jazz français aujourd'hui... Son écriture toujours nostalgique (vocabulaire compris), reste d'une précision magique. Sa voix nous susurre toujours à l'oreille ce blues qui l'habite et qu'il raconte dans ses livres. Le dernier en date, le plus autobiographique, nous montre un homme à nu, n'ayant plus à se cacher à l'heure où l'âge agit comme une menace, au temps des épreuves. Dans la plus grande simplicité, il délivre les dernières clés, déjà distillées avec les énigmes de la fiction dans les précédents. Si les mélodies et certains vers n'évitent pas la redite (ici, une note de vieil homme au coeur tatoué, là tel emploi d'une élision déjà utilisée, la beauté de certains morceaux et l'unité musicale de l'ensemble font de cet opus le digne et réussi tome 2 de "Seul dans ton coin" (1991, déjà...). Mention spéciale aux deux duos, aux "douze mesures d'un blues", aux "amours impossibles" et à l'érotisme très suggestif dont Mc Neil est friand (soies, dentelles, caresses et peau douce dans la lignée des "passantes de Passy" : magnifique "bouton d'or", superbes "lézard en septembre" et poignant"sous ton matelas"). Du grand art.
dimanche 9 juin 2013
So Young... Don't say it's over!
Si jeune le vieux Neil... Neil Young, 68 automnes, a donné jeudi soir un concert mémorable à Paris.
The Loner n'a rien, avec le Crazy Horse, d'un solitaire. Si le concert fut réussi c'est d'abord parce Neil Young joue avec son groupe. Serrés sur la scène, complices, unis, Neil Young et Crazy Horse ressemblent à ces groupe de jeunes qui répètent au fond d'une cave en rêvant de lendemains meilleurs. Au fond, ils cherchent un état, l'état de transe que procure le rock 'n' roll joué à fond avec une conviction intacte. Le mur sonore établi par le groupe, signature inimitable, fonctionne et provoque l'adhésion. Il faut se laisser porter par le son, qui vous pénètre le corps et le cerveau, vous galvanise et vous inspire.
Si ce concert fut une expérience magique c'est également que Neil Young est un artiste unique, habité, hanté, par des démons, des images et des rêves que transmettent ses chansons. Jouer la musique n'est donc pas une posture mais une nécessité vitale et cela se ressent. La constance qu'il témoigne dans se verve créative en est d'ailleurs un témoignage. Voir les nouvelles chansons que sont Psychedelic Pills, Walk like a giant, Ramada inn s'insérer naturellement aux côtés des classiques Hey Hey My My (into the black), Heart of gold ou Rockin' i n a free world est sidérant.
Le court moment acoustique sur fond de logo Woodstock n'altère pas la tension du concert. Pause sonore, ce n'est pas une facilité gratuite : la citation de Woodstock dans ce contexte n'a rien d'une nostalgie éculée et déplacée. Elle est une mise en abimes, un clin d’œil et une forme de rêve. Aucune faute de goût pour un show très construit à l'évidence mais aucunement formaté, où la joie de jouer et l'improvisation du moment ont leur place. Quant à la mise en scène (techniciens et roadies déguisés, mimant désaccords et altercations), elle rappelle que tout cela est seulement du rock'n'roll et constitue une salutaire mise à distance : Neil Young ne se laisse à aucun moment aller au culte de la personnalité, à la trop facile autocélébration à laquelle cèdent tant de groupes sur le retour ou non. La distance ainsi créée par rapport au show, rappelle que les chansons, la musique, le son encore une fois, constituent l'essentiel, et la quintessence de sa présence, et de la notre. Hormis un "Merci Paris" final de circonstances, nulle adresse démagogique à la foule.
Ses seuls mots à la foule furent insérés au final de Hey, Hey, dernière chanson : "Don't say it's over". Et le rappel significatif, Rockin' in a free world, de se mettre au diapason : la première chose qu'on fit le lendemain matin : remettre encore et encore du Neil Young sur la platine. Keep on rockin', it's not over!
The Loner n'a rien, avec le Crazy Horse, d'un solitaire. Si le concert fut réussi c'est d'abord parce Neil Young joue avec son groupe. Serrés sur la scène, complices, unis, Neil Young et Crazy Horse ressemblent à ces groupe de jeunes qui répètent au fond d'une cave en rêvant de lendemains meilleurs. Au fond, ils cherchent un état, l'état de transe que procure le rock 'n' roll joué à fond avec une conviction intacte. Le mur sonore établi par le groupe, signature inimitable, fonctionne et provoque l'adhésion. Il faut se laisser porter par le son, qui vous pénètre le corps et le cerveau, vous galvanise et vous inspire.
Si ce concert fut une expérience magique c'est également que Neil Young est un artiste unique, habité, hanté, par des démons, des images et des rêves que transmettent ses chansons. Jouer la musique n'est donc pas une posture mais une nécessité vitale et cela se ressent. La constance qu'il témoigne dans se verve créative en est d'ailleurs un témoignage. Voir les nouvelles chansons que sont Psychedelic Pills, Walk like a giant, Ramada inn s'insérer naturellement aux côtés des classiques Hey Hey My My (into the black), Heart of gold ou Rockin' i n a free world est sidérant.
Le court moment acoustique sur fond de logo Woodstock n'altère pas la tension du concert. Pause sonore, ce n'est pas une facilité gratuite : la citation de Woodstock dans ce contexte n'a rien d'une nostalgie éculée et déplacée. Elle est une mise en abimes, un clin d’œil et une forme de rêve. Aucune faute de goût pour un show très construit à l'évidence mais aucunement formaté, où la joie de jouer et l'improvisation du moment ont leur place. Quant à la mise en scène (techniciens et roadies déguisés, mimant désaccords et altercations), elle rappelle que tout cela est seulement du rock'n'roll et constitue une salutaire mise à distance : Neil Young ne se laisse à aucun moment aller au culte de la personnalité, à la trop facile autocélébration à laquelle cèdent tant de groupes sur le retour ou non. La distance ainsi créée par rapport au show, rappelle que les chansons, la musique, le son encore une fois, constituent l'essentiel, et la quintessence de sa présence, et de la notre. Hormis un "Merci Paris" final de circonstances, nulle adresse démagogique à la foule.
Ses seuls mots à la foule furent insérés au final de Hey, Hey, dernière chanson : "Don't say it's over". Et le rappel significatif, Rockin' in a free world, de se mettre au diapason : la première chose qu'on fit le lendemain matin : remettre encore et encore du Neil Young sur la platine. Keep on rockin', it's not over!
jeudi 3 novembre 2011
Iconique supersonique black star…
L’ombre d’un aigle décharné, plane encore sur Bercy. Ses ailes déployées enveloppent la nuit qui résonne encore de ses cris. Bob Dylan est passé. Expérience unique.
On ne va pas au concert de Dylan comme à un autre. L’amateur de Rock (ou encore, blues, pop, folk, bref la grande famille de la musique américaine…, appelez cela comme vous le voulez…) qui n’a jamais vu Dylan en concert malgré son âge avancé (l’amateur pas Bob !), sait plusieurs choses : les morceaux qu’il aime en disque, il ne les reconnaîtra pas forcément ; l’investissement du maître confine au minimal s’il le décide ; la voix est fatiguée d’avoir tant chanté, la gorge enfumée… ;la guitare est pour Dylan un lointain souvenir ante-arthritique… Bref, les menaces rodent sur la prestation.
Qu’attend l’amateur de tels évènements ? Cocher sur son propre livre d’image lui (Dylan par exemple) je l’ai vu, eux (Pink Floyd, par exemple) pas, eux (Les Stones au hasard) oui ? Non. L’amateur attend une expérience sonore et un moment partagé.
Il n’est pas trop fort de dire que l’expérience du 17 octobre fut mémorable. Je la gardais précieusement pour moi avant de publier ce texte. Premièrement, histoire de voir sa vivacité avec le temps. Deuxio, je reste toujours méfiant avant de m’étaler : ça intéresse qui, les impressions personnelles d’un amateur de musique américaine (rock, blues,pop etc) ? Mais le jugement péremptoire d’un spécialiste auto affirmé à la compétence reconnue de tout ce que Paris compte « d’essentiel », et les insistances d’un vieux camarade présent ce soir-là m’y poussent.
Je ne suis pas dylanologue et ne prétend pas être spécialiste. Je ne publie pas des dictionnaires amoureux de la chose. Mais lire que De Caunes a trouvé cela atroce me rend furieux. Je sais qu’il pourrait m’en dire bien plus sur les morceaux et la carrière du grand Bob, à la manière de "l’érudit-rock" de Rock‘n’Folk. Mon manque d’érudition pointue ne m’a pas empêché de relever moultes erreurs dans ton dico, Antoine, en particulier autour de JJ Cale et de sa discographie (les erreurs ça arrive, mais il faut se relire avant de publier). Alors quoi ?
Le concert du 17 fut une expérience forte : iconique, sonore à la manière supersonique…
Bob Dylan s’est rangé du côté des légendes. Il en est une, indéniablement. Il en assume le statut par l’image. Nous sommes en présence d’une icône, noire, poseuse, au cœur d’un tableau –le groupe - bien composé. Cohérence visuelle du noir, le décor est posé. Nous sommes au cœur des racines de cette musique. Son groupe est mené à la manière des orchestres de BB King, autre icône, de ces grands musiciens qui sûrs de leur aura et de leur légitimité n’ont pas de gêne à marquer leur pouvoir. Dylan pose, sûr de son fait. C’est dangereux. Faut pas se casser la gueule, faut assurer. A la manière d’un Presley, Dylan ose le déhanché rock’n’roll.
Le son, maintenant, c’est-à-dire tout de même, l’essentiel. Fort en volume (on m’avait prévenu ce qui ne laissait pas de m’étonner), mais surtout compact, intense, dense, moderne car intemporel : du rock’n’roll, brut et décapant. Basse, batterie, Télécaster, guitare rythmique, et orgue dylanien. Ceux qui ont aimé la période Kooper-Bloomfield vont aimer. Cela tranche avec les derniers albums que je connais mal et m’évertuais à écouter pour me mettre à jour ! Du rock 'n’ roll c’est-à-dire une pulsation, tempo rapide et déterminé, des riffs tranchants acérés à l’aigu intense. C’est carré, réglé au cordeau mais vivant. Le répertoire dylanien est ici passé à une moulinette cohérente de bout en bout, avec une volonté de le jouer non comme un patrimoine immuable mais comme une matière organique, vivante : récits résonnants, émotions anciennes et vivantes, par un homme hors d’âge qui n’a peut-être d’autre sens à donner à sa vie que de chanter.
Ceci est porté par une voix abîmée par un traitement d’une violence inouïe. Que dis-je ici ? Cette voix, qui vient du profond du corps, éraillée bien sûr mais parfois très grave, cette voix est l’instrument premier. Dylan aboie parfois plus qu’il ne chante et l’on retrouve des accents d’une autre icône, John Lee Hooker avec qui Dylan partage l’épopée. On y retrouve le Johnny Cash affaibli de la fin. Voix qui tressaille, menace de tomber, mais finalement trouve sa route tout au long du concert.
Si on ajoute que Dylan se fend d’un joli solo de guitare et d’interventions à l’harmonica on en conclut qu’on a trouvé ce qu’on était venu chercher : une véritable expérience, un moment d'anthologie. N'en déplaise à la foule venue chercher une connivence de bon aloi, au rythme d'applaudissements et de ohohohoh (no rain) vieillots. Gardons cela pour les reformations de n'importe quel groupe de légende. Mais Bob Dylan n'est pas n'importe qui.
On ne va pas au concert de Dylan comme à un autre. L’amateur de Rock (ou encore, blues, pop, folk, bref la grande famille de la musique américaine…, appelez cela comme vous le voulez…) qui n’a jamais vu Dylan en concert malgré son âge avancé (l’amateur pas Bob !), sait plusieurs choses : les morceaux qu’il aime en disque, il ne les reconnaîtra pas forcément ; l’investissement du maître confine au minimal s’il le décide ; la voix est fatiguée d’avoir tant chanté, la gorge enfumée… ;la guitare est pour Dylan un lointain souvenir ante-arthritique… Bref, les menaces rodent sur la prestation.
Qu’attend l’amateur de tels évènements ? Cocher sur son propre livre d’image lui (Dylan par exemple) je l’ai vu, eux (Pink Floyd, par exemple) pas, eux (Les Stones au hasard) oui ? Non. L’amateur attend une expérience sonore et un moment partagé.
Il n’est pas trop fort de dire que l’expérience du 17 octobre fut mémorable. Je la gardais précieusement pour moi avant de publier ce texte. Premièrement, histoire de voir sa vivacité avec le temps. Deuxio, je reste toujours méfiant avant de m’étaler : ça intéresse qui, les impressions personnelles d’un amateur de musique américaine (rock, blues,pop etc) ? Mais le jugement péremptoire d’un spécialiste auto affirmé à la compétence reconnue de tout ce que Paris compte « d’essentiel », et les insistances d’un vieux camarade présent ce soir-là m’y poussent.
Je ne suis pas dylanologue et ne prétend pas être spécialiste. Je ne publie pas des dictionnaires amoureux de la chose. Mais lire que De Caunes a trouvé cela atroce me rend furieux. Je sais qu’il pourrait m’en dire bien plus sur les morceaux et la carrière du grand Bob, à la manière de "l’érudit-rock" de Rock‘n’Folk. Mon manque d’érudition pointue ne m’a pas empêché de relever moultes erreurs dans ton dico, Antoine, en particulier autour de JJ Cale et de sa discographie (les erreurs ça arrive, mais il faut se relire avant de publier). Alors quoi ?
Le concert du 17 fut une expérience forte : iconique, sonore à la manière supersonique…
Bob Dylan s’est rangé du côté des légendes. Il en est une, indéniablement. Il en assume le statut par l’image. Nous sommes en présence d’une icône, noire, poseuse, au cœur d’un tableau –le groupe - bien composé. Cohérence visuelle du noir, le décor est posé. Nous sommes au cœur des racines de cette musique. Son groupe est mené à la manière des orchestres de BB King, autre icône, de ces grands musiciens qui sûrs de leur aura et de leur légitimité n’ont pas de gêne à marquer leur pouvoir. Dylan pose, sûr de son fait. C’est dangereux. Faut pas se casser la gueule, faut assurer. A la manière d’un Presley, Dylan ose le déhanché rock’n’roll.
Le son, maintenant, c’est-à-dire tout de même, l’essentiel. Fort en volume (on m’avait prévenu ce qui ne laissait pas de m’étonner), mais surtout compact, intense, dense, moderne car intemporel : du rock’n’roll, brut et décapant. Basse, batterie, Télécaster, guitare rythmique, et orgue dylanien. Ceux qui ont aimé la période Kooper-Bloomfield vont aimer. Cela tranche avec les derniers albums que je connais mal et m’évertuais à écouter pour me mettre à jour ! Du rock 'n’ roll c’est-à-dire une pulsation, tempo rapide et déterminé, des riffs tranchants acérés à l’aigu intense. C’est carré, réglé au cordeau mais vivant. Le répertoire dylanien est ici passé à une moulinette cohérente de bout en bout, avec une volonté de le jouer non comme un patrimoine immuable mais comme une matière organique, vivante : récits résonnants, émotions anciennes et vivantes, par un homme hors d’âge qui n’a peut-être d’autre sens à donner à sa vie que de chanter.
Ceci est porté par une voix abîmée par un traitement d’une violence inouïe. Que dis-je ici ? Cette voix, qui vient du profond du corps, éraillée bien sûr mais parfois très grave, cette voix est l’instrument premier. Dylan aboie parfois plus qu’il ne chante et l’on retrouve des accents d’une autre icône, John Lee Hooker avec qui Dylan partage l’épopée. On y retrouve le Johnny Cash affaibli de la fin. Voix qui tressaille, menace de tomber, mais finalement trouve sa route tout au long du concert.
Si on ajoute que Dylan se fend d’un joli solo de guitare et d’interventions à l’harmonica on en conclut qu’on a trouvé ce qu’on était venu chercher : une véritable expérience, un moment d'anthologie. N'en déplaise à la foule venue chercher une connivence de bon aloi, au rythme d'applaudissements et de ohohohoh (no rain) vieillots. Gardons cela pour les reformations de n'importe quel groupe de légende. Mais Bob Dylan n'est pas n'importe qui.
vendredi 30 septembre 2011
homme seul perdu de vue
Je ne suis pas dylanologue, muratien, expert es homme chantant. J'ai passé l'âge d'être fan ce que je n'ai d'ailleurs jamais aimé-assumé d'être. T'as déjà fait la queue pour un autographe bâclé de merde? Autant dire que je ne veux pas être pris pour ce que je ne suis pas à l'heure de parler du dernier opus de JLM Bergheaud - pardon, Jean Louis Murat. D'autres seront plus légitimes pour en discourir et analyser la chose : Bayon a chroniqué le disque hier ou avant hier dans Libé, qui est le seul quotidien à faire place à ce disque en deux pages. Si après ces précautions de délégitimation vous lisez ceci c'est que vous l'aurez voulu.
Je ne suis pas muratien ni fan en mode transi, juste auditeur passionné d'un auteur prolixe que j'estime admirable (digne d'être admiré).
Admirable indépendance, faisant fi des modes courants et temps de l'industrie musicale, sort son disque annuel juste parce qu'il écrit des chansons et les enregistre!
Admirable régularité de qualité d'écriture. Oh, certes, il n'évite pas la répétition, parfois, mais la cohérence est à ce prix, de redire la même chose toujours et encore (toujours le même t'aime disait Gainsbourg.)
Admirable musicalité du timbre et de l'intonation, de phrasé...
Bon voilà j'aime bien mais encore?
L'homme seul perdu, qui se retient mais qui aime à se vomir parfois, qui répand sa médiocrité et son exigence tout à la fois, sa peur et son arrogance en même temps, la nature et la culture, le primitif et le policé des moeurs...
Le versificateur capable d'écrire, Verlaine, Baudelaire, Rimbaud et Blondin, les chants passés, les champs et les prés, et Bahamontès.
La chanson semble sans fin parfois, revient d'un album à l'autre par une intonation et un phrasé, qui n'est rien moins que la mise en dehors d'un rythme intérieur : écouter la manière de chanter :"En détail d'une journée / Voilà les derniers moments", rythme que l'on entend dans de multiples albums gage de sincérité plus que d'une marque de fabrique.
S'arrêter au bord d'un chemin, en haut d'une colline, regarder au loin et au près; sentir la rosée sous nos fesses mouiller nos jeans délavés. Et pleurer de joie devant tant de beauté et ce qu'on est capable d'en faire. Boire un verre de rouge, un pinot qui prend le goût de la terre d'où il est né, au soir, une table en bois sous nos coudes élimés. Se taire et rire enfin ou pleurer selon ce que le feu de la veillée et le goût du vin nous aurons dicté.
J'aime que quelqu'un puisse dire :
"Je voudrais me perdre de vue ... dans une absence congénitale ... dans un simple chant de berger";
Je ne suis pas muratien ni fan en mode transi, juste auditeur passionné d'un auteur prolixe que j'estime admirable (digne d'être admiré).
Admirable indépendance, faisant fi des modes courants et temps de l'industrie musicale, sort son disque annuel juste parce qu'il écrit des chansons et les enregistre!
Admirable régularité de qualité d'écriture. Oh, certes, il n'évite pas la répétition, parfois, mais la cohérence est à ce prix, de redire la même chose toujours et encore (toujours le même t'aime disait Gainsbourg.)
Admirable musicalité du timbre et de l'intonation, de phrasé...
Bon voilà j'aime bien mais encore?
L'homme seul perdu, qui se retient mais qui aime à se vomir parfois, qui répand sa médiocrité et son exigence tout à la fois, sa peur et son arrogance en même temps, la nature et la culture, le primitif et le policé des moeurs...
Le versificateur capable d'écrire, Verlaine, Baudelaire, Rimbaud et Blondin, les chants passés, les champs et les prés, et Bahamontès.
La chanson semble sans fin parfois, revient d'un album à l'autre par une intonation et un phrasé, qui n'est rien moins que la mise en dehors d'un rythme intérieur : écouter la manière de chanter :"En détail d'une journée / Voilà les derniers moments", rythme que l'on entend dans de multiples albums gage de sincérité plus que d'une marque de fabrique.
S'arrêter au bord d'un chemin, en haut d'une colline, regarder au loin et au près; sentir la rosée sous nos fesses mouiller nos jeans délavés. Et pleurer de joie devant tant de beauté et ce qu'on est capable d'en faire. Boire un verre de rouge, un pinot qui prend le goût de la terre d'où il est né, au soir, une table en bois sous nos coudes élimés. Se taire et rire enfin ou pleurer selon ce que le feu de la veillée et le goût du vin nous aurons dicté.
J'aime que quelqu'un puisse dire :
"Je voudrais me perdre de vue ... dans une absence congénitale ... dans un simple chant de berger";
jeudi 14 octobre 2010
La France parfois ça m'déprime
"La France parfois ça m'déprime"
dans "Le patriote" bonne chanson de Raphaël. Si, si...
Le Patriote
Si j’étais moins intelligent
Si j’avais pas ma carte de lâche
Je leurs foutrais mon pied dans les dents
Je leurs faciliterais pas la tâche
En première page des magazines
Ils sont partout dégueulant
Leurs réformes et leur grippe porcine
Le bon peuple et son président
Mais la France parfois ça me déprime
Et les français sont désolants
Tous des camés, des pédophiles
C’est ce qu’ils pensent ces pauvres tarés
Si tu rentres pas dans la file
Tu finis bien vite aux arrêts
Et dès qu’il y en a un qui tombe
Ils se ramènent tous regrettant
Ils vont tous chialer sur sa tombe
La Légion d’honneur c’est pour quand ?
Et les français sont désolants, et la France parfois ça me déprime
Le conformisme des enfants
Qui peuvent pas aligner deux phrases
Et le courage de leur parents
Devant le monde qui s’embrase
Les étrangers, ça va dans des camps
On va quand même pas sauver le monde
Et mes Santiago dans tes dents
C’est toujours mieux que de te répondre
Avec mes amitiés viriles
Et c’est sûr, la France, ça me déprime
Il faut chanter la marseillaise
Et avé’ la main sur le coeur
Moi je la siffle avec les beurs
Prie pour qu’au foot on soit de la baise
L’ordre moral est bien partout
La démago de gauche à droite
J’aime mieux attendre qu’ils soient bien saouls
Avant de me battre
Et les Français sont désolants, Et le débat est captivant
Ca parle encore dans les cafés
Ca parle toujours dans les journaux
C’est toujours nous qu’on va payer
Tous des pourris, tous au poteau
Que les meilleurs partent en premier
Restent donc que les bons connards
Ca fait longtemps que je l’avais noté
Planqué derrière mes lunettes noires
J’ai comme une idée qu’il faut que je te dise
Cette France, hé bien moi, je la méprise
Et les chanteurs avec quota
Et la déprime de la radio
Que je la coupe même quand c’est moi
On devrait revenir au mono
Mon pote Renaud tu nous manques tant putain
Réveille toi car la France
C’est devenu salement déprimant
Depuis que t’es parti en vacances
Depuis que t’es parti en vacances
dans "Le patriote" bonne chanson de Raphaël. Si, si...
Le Patriote
Si j’étais moins intelligent
Si j’avais pas ma carte de lâche
Je leurs foutrais mon pied dans les dents
Je leurs faciliterais pas la tâche
En première page des magazines
Ils sont partout dégueulant
Leurs réformes et leur grippe porcine
Le bon peuple et son président
Mais la France parfois ça me déprime
Et les français sont désolants
Tous des camés, des pédophiles
C’est ce qu’ils pensent ces pauvres tarés
Si tu rentres pas dans la file
Tu finis bien vite aux arrêts
Et dès qu’il y en a un qui tombe
Ils se ramènent tous regrettant
Ils vont tous chialer sur sa tombe
La Légion d’honneur c’est pour quand ?
Et les français sont désolants, et la France parfois ça me déprime
Le conformisme des enfants
Qui peuvent pas aligner deux phrases
Et le courage de leur parents
Devant le monde qui s’embrase
Les étrangers, ça va dans des camps
On va quand même pas sauver le monde
Et mes Santiago dans tes dents
C’est toujours mieux que de te répondre
Avec mes amitiés viriles
Et c’est sûr, la France, ça me déprime
Il faut chanter la marseillaise
Et avé’ la main sur le coeur
Moi je la siffle avec les beurs
Prie pour qu’au foot on soit de la baise
L’ordre moral est bien partout
La démago de gauche à droite
J’aime mieux attendre qu’ils soient bien saouls
Avant de me battre
Et les Français sont désolants, Et le débat est captivant
Ca parle encore dans les cafés
Ca parle toujours dans les journaux
C’est toujours nous qu’on va payer
Tous des pourris, tous au poteau
Que les meilleurs partent en premier
Restent donc que les bons connards
Ca fait longtemps que je l’avais noté
Planqué derrière mes lunettes noires
J’ai comme une idée qu’il faut que je te dise
Cette France, hé bien moi, je la méprise
Et les chanteurs avec quota
Et la déprime de la radio
Que je la coupe même quand c’est moi
On devrait revenir au mono
Mon pote Renaud tu nous manques tant putain
Réveille toi car la France
C’est devenu salement déprimant
Depuis que t’es parti en vacances
Depuis que t’es parti en vacances
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