mouette

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dimanche 7 octobre 2018

Il Francese

Il Francese... Le Français qui voulût être roi d'Italie. Non ... roi de Naples et de Sicile, nuance! Murat. Jean Louis Joachim Murat, homme du siècle, homme des siècles, passés et présent. L'album est donc sorti depuis 8 jours. 8 jours d'écoutes quotidiennes, pour comprendre, chercher, se laisser bercer de sonorités, de mélodies, d'ambiances... Grand disque d'aujourd'hui, d'hier et de demain. Classique et moderne. Identités multiples, cheminements sinueux : les méandres des fleuves et des rivières, les lacets du sentier de montagne sont aussi ceux de la versification, de la mélodie et des arrangements. Rien de rectiligne. Mélange des langues, des styles, des écritures : "Hold-up, trafiquant de cerises, hold-up, experte en rutabagas". Cheminements trans séculaires et transfrontaliers, ceci n'est pas qu'un album de chanson française, terme refusé par l'auteur... Même si le français est la langue principale et son écriture parfaitement maîtrisée : "Sous un ciel de traîne, un amour s'en va..." : des phrases qui tombent si bien... Ou encore : "Good bye / En souvenir de vous / je guette du Ventoux / le moindre feu de paille / Kids i've got a message for you." Les personnages, de JLM à ceux qui l'inspirent, se mêlent en une identité multiple, pas d'image nette : regarde la pochette! Musicalement, synthèse de ce qui fait Murat depuis longtemps : machines, mélodies, piano, rythmes électro, (tr)hip hop, blues... Refus de s'enfermer. Il y a du Gainsbourg (pas du Gainsbarre) dans cet album-là, servi par une culture aux aguets, qui ne sent ni la naphtaline bon teint, ni la putasserie "air du temps" bon marché. Vrai disque cohérent, mais non monocorde, à tous points de vue. Quelques lignes de basse parfaites (Hold-Up); quelques intros piano parfaites itou, mâtinées de sons synthétiques et de phrases qui tombent à pic, (superbe Silvana; envoûtante Treizième porte); quelques images fortement évocatrices (Cinévox); quelques imparables mélodies d'un classicisme élégantissime et brillant (rendre l'âme , Je me souviens). Il Francese puise loin au fond des racines de l'écriture de notre langue. La Renaissance, Rimbaud, le monde contemporain sont convoqués pour créer la poésie d'aujourd'hui. Murat, écrivain de -ou en- chanson. Mais l'arbre n'est pas que racines. Français de culture, clairement à l'écoute du monde autour, notes orientalistes parsemées de-ci de-là, sons et choeurs anglo-saxons revendiqués, Il Francese ne s'enferme pas dans une identité terroir, marque de fabrique trop facilement étiquetée sur son dos. L'oeil et les oreilles sont aux aguets de ce qui se crée de par le monde, du vent qui souffle. Cela depuis toujours et je réécoute la pharmacienne à Yvetôt... D'Achtung à Je me souviens le voyage est parsemé de paysages grandioses et de cailloux, d'horizons lointains et de douleurs articulaires, de pensées embrumées et de désirs fugaces. Une montagne à gravir pour se recentrer : se chercher dans d'autres vies pour parvenir à exister. Et in fine ne serait-ce pas une recherche de géographie poétique de soi que d'écouter Murat? "Je voudrais me perdre de vue ... dans une absence congénitale ... dans un simple chant de berger" (Grand lièvre). Pour ceux qui sont adeptes le lien ultime sur murat c'est ici http://www.surjeanlouismurat.com/