mouette

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vendredi 17 juillet 2026

Murat Live 2022



J'ai pris tout mon temps. Pas pour l'acheter, ni pour l'écouter. Achat en double (CD et double vinyle édition limitée). Mis en boucle sur la platine depuis le jour de sa sortie. Pas lu une critique ni un seul article, ni même le blog de Pierrot. Voulu être seul face à ce moment de grâce, un nouvel album de Murat. Mais si particulier celui-là... Pris le temps avant de donner les impressions qui suivent.

J'ai d'abord lu le texte de Denis Clavaizolle, si clair, si beau. Et puis j'ai entendu le bonheur. Le bonheur de jouer, d'être sur scène avec ses potes musiciens. Ce n'est pas un concert, c'est une sélection des meilleurs enregistrements de la tournée. Et ça s'entend. Un franc "Bonsoir" pour débuter, c'est pas si courant la fluidité de ce mot prononcé pour JLM. C'était parfois plus bougon, plus emprunté, ou absent. Il swingue bien ce Jean Bizarre qui ouvre le disque. Intro aux claviers, une batterie qui rentre décidée, la guitare rythmique acérée :  c'est pêchu, on a envie de bouger... La Princess of the cool qui suit est d'une envoutante beauté. C'est limpide et presque recueilli. Habité. Guitare wah wah et claviers créent une atmosphère qui me font penser à une cathédrale (je ne sais pas pourquoi, c'est ce qui me vient à chaque écoute). "Billy!" Murat semble appeler quelque comparse. Les experts sauront sans doute en dire plus et mieux. Moi je me dilue dans cette enveloppe musicale et je fonds littéralement. Retour du rock avec Où Géronimo rêvait, un Murat qui se lâche complètement dans l'intro (Hey Denis, Houhhhhh). Choeurs. Une version qui montre que ce dernier disque intimiste était fait aussi pour être joué en concert. Ciné Vox nous renvoie dans la mélancolie. Superbe arrangement. Et voilà Taormina. Jean Louis commence quasiment seul, avec la batterie. C'est lent. Très. C'est une supplique et cela va devenir une transe, avec une guitare en déluge. Oui je sais on ne dit pas "en déluge" mais si on a le droit de l'écrire s'agissant de ce moment. A écouter très fort. "Oh s'il te plaît, sors avec moi, forge l'éclair, coupe la mort..." C'est un sommet, ovation. Sommet qui est enchainé avec un autre, Chacun sa façon. Ce morceau se révèle être un véritable tube pop-rock. Impossible de ne pas se trémousser, impossible de ne pas chantonner le refrain. C'est très réussi, les choeurs sont nickels, "Chacun sa façon en son infini  de se dire un jour alors c'est fini"; "Jamais pensé en ta matière qu'un coeur solitaire vit en enfer ". Murat interpelle le groupe : "encoooore". Magnifique. Et là, Murat nous sort Hello You, titre inédit, qui nous rappelle que derrière les disques officiels Murat a un stock de chansons cachées géniales. C'est du très grand Murat. Intro claviers  - voix. Et au bout de deux minutes, une deuxième chanson qui démarre. Là encore, un air  et un refrain imparable. Et Murat s'éclate à lancer les choeurs. Ca fait plaisir de l'entendre se faire plaisir sur scène. Ma Babe nous réentraîne sur le chemin de la piste de danse  avec une rythmique funky et une batterie en avant. Marylin et Marianne reste dans cette veine. C'est très bon. Vient alors La Pharmacienne d'Yvetot. Un piano-voix où Murat montre qu'il est une excellent chanteur. Et c'est l'envoûtant Frankie... Chanson énigme, chanson mystère, pour moi, qui convoque les esprits lointains. Près de 7 minutes. C'est magistralement joué, un peu comme un "nu dans  la crevasse"...  Montboudif qui est une de mes chansons récentes préférées permet de se dandiner à nouveau. Intro excellente. Une nouvelle réussite. Décidément tout est bon dans ce disque! Du rock, du vrai! La batterie introduit Battlefield et le concert donne à ce morceau une sacrée dimension. Les choeurs sont présents. Le groupe est excellent. Le chemin des poneys clôt le disque sur une note lente, une montée en puissance sonore magnifique... 8mn. Au total une heure  quinze de bonheur. C'est beaucoup trop court! Encore! Merci à ceux qui ont fait ce disque possible. Je pense que c'est le meilleur disque live de Murat. Muragostang traumatise trop les chansons (j'étais au concert c'était fou, d'une puissance sonore inégalée, mais trop loin des chansons pour moi). Le Murat live de 1993 souffre de la comparaison au niveau de la sonorité groupe rock. Innamorata est un très beau souvenir de tournée qui manque un peu d'énergie à mon goût (mais bon le jaguar sonne d'enfer quand même!). Les autres enregistrement live (Parfum d'acacia... par exemple) sont des expériences certes superbes mais ne rendent pas la notion de concert. Murat était un très grand, ce disque le prouve une fois de plus. Répertoire, jeu de guitare, chant. Et les musiciens sont excellents : Denis Clavaizolle au clavier, Fred Jimenez à la basse, Yann Clavaizolle à la batterie. Merci. Bravo. "Bonsoir Yann, Fred et Deniiiiiiiiiiis". Voilà comment ça finit.

Je rallonge la sauce : Ce disque respire vraiment le bonheur. C'est vraiment extraordinaire, ce sentiment, cet enthousiasme qui semble vraiment non feint, et connaissant le bonhomme on sait qu'il ne répète pas entre tous les morceaux le même refrain du style "vous êtes beaux mes amours", comme un autre Jean Louis pour qui j'ai une énorme tendresse et un énorme respect vu ce qu'il donne sur scène, mais on parle pas de la même catégorie de Jean Louis. 

Ce live 2022 est donc un disque utile, bien plus que le Best Of. Et c'est une sorte de Best of finalement... de la tournée. Le blog de Pierrot vous en dira bien plus (c'est bien simple, il sait (presque) tout). 


dimanche 24 novembre 2024

 En hommage à  JLM

Sur les traces de l’Arverne.

On est rien de plus que la terre

foulée, souillée, reniflée,

on est comme fougère,

épine du roncier, lierre au mur agrippé

insecte, lézard, bovidé,

souffle rauque, vent froid de l’hiver,

humidité, sanglier, ver de terre, 

ou mésange affamée.


On est larmes d’alcool

tout au fond du verre

on se hausse du col

parfois on fait les fiers

mais le regard se brise

dans la glace élimée

et on cherche la brise

qui pourra nous porter.


On marche pieds humides,

à tâtons dans le vent

on est bien trop timide

pour juger ceux d’avant

tous ceux qui nous détruisent

ce passé qui nous brise,

mais on va se prolonger

on va se dominer.


On est part de la terre,

on veut y retourner

on cherche à travers

nature, forêts, cimetière

trouver une vérité

Tout le long des falaises

on voit le bleu de mer,

chardon, bruyères, genêts et mélèzes,


on est part de la terre

on veut y retourner.

Se fondre dans la nature

croire qu’on peut être pur

se fondre et disparaître

respirer l’air et être…

on va se prolonger,

on va se dominer


Sur les traces de l’Arverne,

marcher les pieds mouillés,

sortir de ta caverne,

finalement respirer.

Sur les traces de l’Arverne,

être fougère, l’épine du roncier

sortir de ta caverne

finalement respirer.



samedi 4 novembre 2023

Dire Straits live! Si, si...

 Dire Straits Live. 

Les fans pensent immédiatement à la grosse machine Alchemy, bien huilée, déroulant des morceaux de 12 mn, avec des solis de guitare de malade et une batterie en mode mitraillette. Les détracteurs pensent immédiatement ennui profond, absence d'impros, morceaux étirés, sax pénible et j'en passe. Et puis les puristes du groupe pensent "1979"... C'est à dire une époque où ce groupe était encore dans la joie, en formation originelle et venait sur scène défendre sa musique. 

Le 21 décembre 1979 c'était au Rainbow Theater, Londres. La veille The Police foulait cette scène. La semaine précédente c'était Queen...

Le groupe d'alors : guitares, basse, batterie. Nothin' else. 

Une virtuosité à la guitare, solo, certes mais beaucoup plus que cela. Une grosse basse qui s'amplifie au fur et à mesure du concert, un chanteur qui s'éclate -ça paraît dingue-, une énergie de fou et un batteur ultra inventif et efficace, l'oublié Pick Withers. Les morceaux sont plutôt concis, ciselés, et joués sur un mode rapide à la recherche du groove (In the Gallery, Southbound again, Setting me up). Il s'agit aussi de faire bouger ce satané public : le rappel avec Phil Lynott, le pote leader du groupe irlandais majeur d'alors (Thin Lizzy pas U2!), aligne 4 standards de rock'n'roll dont Nadine et Keep on Knocking, fabuleux. C'est l'apogée à mon humble avis de ce groupe. 

Pas de chichis, pas d'intros particulière, juste le fun et c'est excellent. C'est dans le coffret Dire Straits Live 1978/1992 et ces deux CDs du Rainbow valent bien l'achat! 

Pour les amateurs du Dire Straits routinier de la fin de l'aventure, le live On the Night original sorti à l'époque est augmenté de 7 morceaux. Mais on s'en fiche un peu.

 




vendredi 27 octobre 2023

Rolling Stones Blues

 

Qu’attendre d’un album des Stones en 2023 ? Rigoureusement rien. Ça fait un demi siècle que ce groupe ne fait que cultiver sa propre légende, écrite dans le laps de temps 1965 avec une flopée de disques si bons que c’en est irréel. Lorsque je constate que j’ai vu des Stones sur le retour au Parc des Princes lors de ce qui fut la tournée Flashpoint puis à l’Olympia en 1995, cela est vertigineux. Un demi siècle de routine ! La longévité stupéfiante de l’entreprise est en soi sidérante.

Qui dit mieux, hormis Bob Dylan, lui-même légende vivante?

Alors pourquoi écrire ? Parce que mon ami Jérôme, collectionneur de vinyles devant l’éternel, me recommande de l’écouter. Parce que Le Figaro se fend d’un article assassin intitulé « rock en toc ». Mais qui pourrait bien consulter Le Figaro avant d’acheter un disque de rock ? « Nobody » dirait ma belle-mère ! En tous cas je fais plus confiance à Jérôme qu’au Figaro, s’agissant des Stones. Que ce journal n’aime pas d’ailleurs me ravit… On a les ennemis qu’on peut.

En quelques mots, le disque serait même nul et « irrespectueux ». Mais de qui se moque-t-on ? Jamais les Stones n’ont été aussi respectueux : eux qui omettaient de créditer Marianne Faithfull au temps de leur apogée, nous créditent même le type qui a eu l’idée du titre du disque !!! Incroyable honnêteté. Pour le reste, personne n’a jamais obligé quiconque d’acheter un disque. Donc bon. Et puis les Stones ne prétendent à rien d’autre que d’être de faire de l’entertainment, et-ce depuis le début,

Alors, que reste-t-il de ce disque ? Il débute comme on attend qu’un disque des Stones débute depuis les années 80. À savoir un riff impeccable et un truc qu’on retient instantanément.

Puis on passe directement au boogie bouillie punky bâclé dans la joie avec Polo Macca à la basse fuzz ! Entretemps une ballade stonienne classique nous a chatouillé l’oreille. Ce disque va nous permettre d’écouter le meilleur titre d’Oasis depuis What’s the story morning glory (je vous laisse trouver la chanson tout seul : na et ahahaha! : un indice : ça commence par « The streets... ») !

Le reste on s’en fout complètement, mais l’album se clôt sur ce que les Stones font de mieux et le plus sérieusement : une reprise de Muddy Waters : Rolling stone blues. La guitare de Keith, la voix et l’harmonica de Mick. Un standard. Un adieu ? En tous cas ce serait la fin parfaite d’une carrière débutée vraiment à Chicago (si, si…)

Sur ce, je vous conseille de réécouter en boucle Let it bleed.


jeudi 1 juin 2023

Best of...

 "Moi vivant il n'y aura pas de best of" disait Jean Louis Murat, paraît il. Prophétie hélas réalisée... Il y a un best of et il n'est plus de ce monde. Toutefois il est vivant, nuance tout de même. 

A quoi sert un best of? Rarement question fut si pertinente... Ceux qui comme Jean Louis Murat pensaient qu'un best of était vain voire nul et non avenu auront des motifs de croire qu'ils avaient raison. Ceux qui l'espéraient ce best of, auront eux aussi des raisons de croire qu'ils avaient, eux, de bonnes raisons de l'espérer. 

Se limiter à 20 chansons dans toute cette œuvre, c'est inévitablement engager l'escalade dans la course à la recherche des titres manquants. Je ne m'y risquerai guère : pas envie, pas le moral, je réécoute tout en boucle depuis une semaine et je ne vais pas éliminer des titres... Toutefois, la déconnexion des chansons à l'ambiance générale d'un album sonne comme une évidence ce que les amoureux de Jean Louis savaient déjà. D'ailleurs quel sens cela aurait-il eu de mettre le voleur de rhubarbe ou se mettre aux anges  isolées du reste de Lilith? Et pourtant ne sont-ce pas des titres magnifiques? 

Se dire qu'il n'y a pas un seul titre du superbe Cours ordinaire des choses ou un seul de Babel... c'est risible. Alors rions franchement, de bonne humeur. 

De toutes façons on n'attendait rien d'un best of. On l'achète par fidélité. 

Mais alors? A quoi sert-il ce disque?  Et bien, des 20 titres de cette compilation, finalement, on n'en jettera pas beaucoup, et en plus de cela,  on percevra la cohérence d'une œuvre pourtant disparate et polymorphe, témoignage d'un artiste majeur. Disque d'initiation, pourquoi pas? En fait, chaque titre donne envie de réécouter le disque entier duquel il est issu. Le début d'un succès commercial. Il aurait détesté cela. Tout est bien... Pas sûr. 

Pierrot nous a raconté le récit de ses funérailles auxquelles nous n'avons pu aller. Ce qu'il narre, le texte de Bayon, tout cela confirme bien que Jean Louis Murat est vivant en ceux qui l'aiment et en ceux qu'il a pu toucher. Mais la vision de ce cercueil fait défaillir, néanmoins. Pleurons maintenant. 

jeudi 25 mai 2023

Deuil


J'ai compilé tous les articles en un seul....

25 mai 2023 - Deuil  

Jean Louis Murat est mort. La nouvelle terrible est tombée ce matin et depuis nous sommes hagards. Il est mort  en étant vivant alors que d'autres vivent en étant morts. 

Vivant artiste, vive œuvre, en constante évolution, en permanente exigence et c'est pourquoi ça fait  encore plus mal. Le poète rongeait son os, comme l'artisan remet cent fois, mille fois, le travail sur le métier... Métier de mulot.

Il lui restait tant à écrire et à chanter... Il est difficile d'écrire bien en étant hagard. Mais c'est une certitude que Jean Louis n'avait pas tout dit...  

Je lis et relis les réactions, les articles et je m'aperçois que je ne suis pas seul, ce que je savais grâce à Pierrot. Mais tout de même notre tristesse commune ne me réconforte guère. 

Souvenirs de concerts, tous toujours différents. Radicaux. Radicalement différents : que c'est bon. 

Souvenirs de quelques propos échangés,  simples et posés, qui tranchent tant avec l'image du furibard des plateaux qu'il s'était forgé.

Je me nois dans les mélodies et les mots (avec un peu de whisky tout de même) : j'ai un ressenti "Montboudif"... Les larmes aux yeux, la gorge nouée, je m'interroge : Demain paraitra son Best Of, lui qui s'y était toujours opposé, et avait finalement accepté... On peut ne pas croire au hasard et faire semblant de penser avoir tort, ou inversement. Coïncidence ou non, il part sur une énigme, quand tant d'autres vivent avec leurs évidences. 

Nous remettrons nos pas dans les siens. "Je marchais dans la montagne en ce joli mois de mai..."

2020 : Baby Love. 

Titre ambigu. Amour qui s'en va (surtout), amour qui vient (peut-être). Murat sort un disque. Évènement. Annuel. Quand même... 

Écoute la musique de ça : "Aux sources de la Loue/ je ne sais quoi j'attendais / Sans doute le début du monde/ Troubadour rêvassait/ je ne sais quelle mélodie / So long" (Si je m'attendais) 

Merde, le mec est un tueur. Première écoute... sceptique. Et puis la musique explose: des guitares partout mais dans les recoins de la rythmique. Stax! Shit!Même quand l'évidence mélodique n'est pas là, l'évidence musicale y est.

Et surtout la qualité de l'intention. En gros, l'histoire est celle d'un mec qui se sauve du désamour par la chanson ce "métier de mulot". Écouter, donc "Montboudif", "ça c'est fait", "si je m'attendais", "La princesse of the cool", "réparer la maison"... ça aurait pu s'appeler Alcools... Je crois. On sent aussi que "Travaux..." a été un travail fondateur. Là des sons, des machines et des idées ressurgissent de cet album de non-chansons qui a tant dérouté : il était porteur de trucs je l'ai déjà écrit. Et c'est bien. Voilà. Ça c'est fait. 


16 octobre 2019, centre culturel Georges Pompidou, Vincennes... 

Début de la nouvelle tournée de Jean Louis Murat, qui fait suite à celle de l'an passé, celle d'Il Francese, qui a donné lieu à enregistrement "Live" (Innamorato)... Je n'ai pas mon diplôme en muratologie et je ne compile pas les set-lists quotidiennes comme autant d'éléments de preuve à charge ou à décharge. Je suis simple spectateur passionné. 

On passe d'abord devant l'éternelle Jocelyne que l'on va saluer. La salle est comble et semble moins glauque que l'entrée déprimante du bâtiment ne le fait préjuger. Chacun y va de son pronostic sur l'humeur de Jean Louis Murat : va-t-il encore bougonner et râler? L'audience sera-t-elle réceptive? 

Ma question à moi, c'est : quelle nouveauté sera l'objet du concert? J'avais été frappé au "café de la danse" en décembre 2018 par la justesse musicale de la formation. Le son était porté par la batterie de Stéphane Reynaud, fine et puissante et la basse agile de Fred Jimenez. Murat était essentiellement à la Télécaster et c'était très bon. 

Ce mercredi soir 16 octobre on retrouve cette formation. Le moins que l'on puisse dire c'est qu'elle sied à merveille à Jean Louis Murat. Ces trois-là jouent ensemble depuis très longtemps, cela se sent et c'est très soudés qu'ils déploient leur musique. C'est un GROUPE et c'est cela qui m'impressionne ce soir. Pour varier ses plaisirs et parce que c'est son bon plaisir que de changer quelque chose, Murat a troqué l'électrique Fender pour une guitare électro acoustique 12 cordes. 

Dès le premier morceau, "Kids", on se sent pris par une vraie magie, l'art de transformer et de réorchestrer pour trio des chansons enregistrées dans un environnement bien plus complexe. C'est l'art de Murat de savoir désosser les chansons d'en retenir la substantifique moelle et d'en proposer d'éternels recommencements. On est vite rassuré sur l'ambiance : il est de bonne humeur et le public est prêt à s'embarquer et y trouve du plaisir. 

Les trois compères se trouvent facilement : si JLM est leader, c'est sa musique, ce sont ses chansons, il est clair que les deux lascars qui l'accompagnent sont partie prenante du projet : Les lignes de basse sont puissantes et musicales, la batterie est imparable, nette d'une précision diabolique. Nous aurons droit à l'harmonica sur quelques merveilles : l'envoûtant "Je me souviens", le superbe "voyageurs perdus" (Tristan, 2008, dont il joue aussi "Tel est pris" façon rock). Entre-temps "Hold-up" est passé par là, "Cinévox" aussi (seule fausse note dans l'arrangement raté, à mon avis) et ainsi que "Gazoline". Des extraits de Morituri bienvenus : "Tarn et Garonne", "French Lynx" très réussis. "Over and over", et "Agnus dei Babe" de Toboggan. 

Un final très décontracté avec des inédits pour s'amuser, les morceaux qui vont rythmer la vie de la tournée, rompre la monotonie des soirs recommencés : avec JLM pas trop de risques, il déteste ça, semble-t-il refaire le truc.... On ressort de là ravis, après des applaudissements chaleureux, et trois musiciens semble-t-il heureux aussi de la tournure des événements. 

Et je me repose la question : qu'est-ce qui le tient, si haut, si exigeant? Chut,tais-toi, écoute. Au fait un nouvel album est annoncé pour février! 

2018 : Il Francese... 

Le Français qui voulût être roi d'Italie. Non ... roi de Naples et de Sicile, nuance! Murat. Jean Louis Joachim Murat, homme du siècle, homme des siècles, passés et présent. L'album est donc sorti depuis 8 jours. 8 jours d'écoutes quotidiennes, pour comprendre, chercher, se laisser bercer de sonorités, de mélodies, d'ambiances... Grand disque d'aujourd'hui, d'hier et de demain. Classique et moderne. Identités multiples, cheminements sinueux : les méandres des fleuves et des rivières, les lacets du sentier de montagne sont aussi ceux de la versification, de la mélodie et des arrangements. Rien de rectiligne. Mélange des langues, des styles, des écritures : "Hold-up, trafiquant de cerises, hold-up, experte en rutabagas". Cheminements trans séculaires et transfrontaliers, ceci n'est pas qu'un album de chanson française, terme refusé par l'auteur... Même si le français est la langue principale et son écriture parfaitement maîtrisée : "Sous un ciel de traîne, un amour s'en va..." : des phrases qui tombent si bien... Ou encore : "Good bye / En souvenir de vous / je guette du Ventoux / le moindre feu de paille / Kids i've got a message for you." Les personnages, de JLM à ceux qui l'inspirent, se mêlent en une identité multiple, pas d'image nette : regarde la pochette! Musicalement, synthèse de ce qui fait Murat depuis longtemps : machines, mélodies, piano, rythmes électro, (tr)hip hop, blues... Refus de s'enfermer. 

Il y a du Gainsbourg (pas du Gainsbarre) dans cet album-là, servi par une culture aux aguets, qui ne sent ni la naphtaline bon teint, ni la putasserie "air du temps" bon marché. Vrai disque cohérent, mais non monocorde, à tous points de vue. Quelques lignes de basse parfaites (Hold-Up); quelques intros piano parfaites itou, mâtinées de sons synthétiques et de phrases qui tombent à pic, (superbe Silvana; envoûtante Treizième porte); quelques images fortement évocatrices (Cinévox); quelques imparables mélodies d'un classicisme élégantissime et brillant (rendre l'âme , Je me souviens). Il Francese puise loin au fond des racines de l'écriture de notre langue. La Renaissance, Rimbaud, le monde contemporain sont convoqués pour créer la poésie d'aujourd'hui. 

Murat, écrivain de -ou en- chanson. Mais l'arbre n'est pas que racines. Français de culture, clairement à l'écoute du monde autour, notes orientalistes parsemées de-ci de-là, sons et choeurs anglo-saxons revendiqués, Il Francese ne s'enferme pas dans une identité terroir, marque de fabrique trop facilement étiquetée sur son dos. L'oeil et les oreilles sont aux aguets de ce qui se crée de par le monde, du vent qui souffle. 

Cela depuis toujours et je réécoute la pharmacienne à Yvetôt (Morituri) du coup...

D'Achtung à Je me souviens le voyage est parsemé de paysages grandioses et de cailloux, d'horizons lointains et de douleurs articulaires, de pensées embrumées et de désirs fugaces. Une montagne à gravir pour se recentrer : se chercher dans d'autres vies pour parvenir à exister. Et in fine ne serait-ce pas une recherche de géographie poétique de soi que d'écouter Murat? "Je voudrais me perdre de vue ... dans une absence congénitale ... dans un simple chant de berger" (Je voudrais me perdre de vue, Grand lièvre). Pour ceux qui sont adeptes le lien ultime sur Murat c'est ici http://www.surjeanlouismurat.com/


Septembre 2018 : Nouvel opus : 

Le nouveau Murat n'est pas sorti mais on en connaît les contours. Attention, avis de chef d'oeuvre? Trois extraits sont disponibles. Hold up le premier est une parfaite réussite à tendance électro pop mitonnée aux petits oignons. Si Ciné vox m'a laissé de marbre, le troisième extrait Je me souviens est une pépite lumineuse, une perle, un joyau, témoin du talent scandaleusement ignoré de la masse de Jean Louis Murat. Chaque mot pesé, l'imparable musique des mots, la parfaite diction, le rythme du phrasé, la voix chaude et étonnamment agile, tout concourt à faire de ce morceau un manifeste au talent. Ne serait ce que pour ce titre sublime, l'achat en double de l'album est obligatoire et sa mélancolie subtile devra faire l'objet d'un traitement particulier par la Sécurité Sociale. Par ces titres, JLM nous rappelle qu'il est non seulement l'auteur français le plus prolifique de son temps, mais surtout le plus audacieux. Audace du classicisme et du modernisme mêlés. Attention, Murat ne bouffe pas à tous les rateliers : il explore les champs de ses sensations et décide de créer, de remettre toujours l'art en chantier. Je me souviens est d'une écriture si fluide, d'une mélodie si évidente, qu'il faudrait que les critiques fainéants délaissent un peu leurs rengaines convenues : "barde auvergnat", "paysan chanteur ermite de la Bourboule", "rock folk boisé à la Neil Young" et j'en passe... Qu'on le dise enfin : il y a plus de poésie chez Murat que chez bien des écrivaillons de la rentrée littéraire! "De la musique avant toute chose" disait Verlaine... Je me souviens est de ces textes dont la musicalité est patente, et dont le sens importe peu, l'intimité du sujet n'ayant non plus aucune importance, même si malgré l'étrange thématique de Murat en Italie choisie, bien des vers sont des authentiques rengaines muratiennes intérieures : "en demi conscience j'allais au fond des ténèbres, sous ta robe blanche la nuit est surnaturelle...". Voilà un rappel simple de ce qu'est JLM : un écrivain de chansons. 

Novembre 2017 En quête.

A l'heure de l'énième écoute de Travaux..., me viennent ces quelques lignes inspirées des souvenirs d'un concert de la tournée "Babel". 

Au sortir de ce concert parisien de novembre, au New Morning, la question semblait évidente : qu’est-ce qui pousse Murat ? La réponse aussi : ça ! Ce que nous venions de vivre, voir, entendre, sentir : un beau concert unique. 

Ce soir-là, dans cette salle dont le mythe n’est plus à redire – mais le choix d’une telle salle n’est pas innocent – ce soir-là donc, hormis quelques méchancetés finalement convenues, sur les statues de commandeurs (Souchon-Voulzy pris comme un seul être, Aznavour, Faithfull, Jagger ou Trenet) Jean Louis Murat, avait donné ce qui le tient : une musique forte, une présence vraie, voire incandescente. 

La voix poussée dans ses retranchements, le groupe, d’abord derrière, poussé devant, puis en fusion avec le chanteur, les improvisations : un concert pour amateur de sensations. 

Me revenait alors l’incroyable performance de l’année d’avant en duo guitare-batterie : c’est une évidence : pour JLM le concert est un instant à vivre et non une machine à cash, une routine de baloche. 

Mais alors pourquoi cette posture à s’en plaindre et à souhaiter la fin du parcours dans ce « métier de merde » ? Qu’est-ce qui pousse Murat ? 

Nous souhaitions comprendre et pour cela replonger dans les chansons. Ne pas s’arrêter aux interviews « peep-show » comme il les avait nommées lors du set, mais revenir à l’œuvre car ce n’est pas trop dire que de parler à l’égard de la somme muratienne, d’une œuvre. 

Oublier le rigolo de mauvaise humeur, le solitaire auvergnat qui monte à Paris pour y faire un show attendu sur des plateaux TV où les animateurs ne manqueront pas de susciter le scandale de tel ou tel propos, de telle ou telle humeur. Car ainsi marche la machine ; Non, ce qui nous tient c’est la question : qu’est-ce qui pousse Murat vers cette exigence scénique, vers cette prolifique discographie, vers ces chansons-fleuves où l’on se noie, ces forêts de sons où l’on se perd, parfois, avec délices, ou plus perversement avec effroi... ? Il nous fallait dans ces chansons, dans cette jungle de mots, trouver qui était le troubadour, de quel bois il était fait... 

Troubadour : C’est le titre d’un album de feu JJ Cale, avec qui Murat possède plus d’une ressemblance. Même solitude affichée, même mépris pour le jeu du spectacle, même amour de la guitare. Mais l’image n’épuise pas le bonhomme… 

Le nouvel album Travaux sur la N89 est l’occasion de revenir sur cette quête tant, à l’évidence, il est lui-même au cœur d’un questionnement sur l’art d’écrire (« de la chose infernale comment faire une chanson ? »). Si "Travaux..." nous perd souvent et nous déroute c'est que, comme pour un Neil Young, par exemple, le chemin de Murat n'est pas rectiligne. Et sa sinuosité est passionnante... A suivre…: 


2017 : Murat, attention aux travaux!

Donc, le nouveau Murat, attendu comme un événement parce que tout de même les derniers étaient de grandes réussites. (On met au défi quiconque d’aligner en si peu de temps des albums de la qualité de la série : Le cours ordinaire des choses – Grand lièvre – Toboggan – Babel – Morituri… ) 

L’ambiance un peu délétère dans laquelle était plongée l’annonce de l’absence de tournée après Morituri amplifie le désir des retrouvailles. Le teaser et les premiers bruits sont excitants : On ne sera pas en terrain connu et Murat est en chantier ! C’est fait, objet acheté… Qu’en est-il des travaux ?

 OVNI de prime abord. Rien d’entendu nulle part… Et pourtant rapidement apparaît l’évidence… On est bien en terre muratienne. Quelques lignes mélodiques imparables disséminées tout au long de l’album entretiennent l’attention et l’espoir d’une chanson au format traditionnel, qui ne viendra pas… : l’intro de « Dis-le le », celle de « Garçon », « Alamo » sont somptueuses et annoncent des tubes potentiels…. Avec « Le chat », « Quel est le problème Moïse ? », « Travaux sur la N 89 » des sons de tous genres nous rappellent que Murat s’est plus souvent que beaucoup d’autres fréquemment remis en question par la recherche de nouveaux territoires. Et que la chanson peut mêler les formes : en l’occurrence pop, blues électro, chansonnette… « Cordes » est un exemple de voyage à l’intérieur des chansons de leurs multiples ambiances. Idem pour « Dis-le le » absolument envoûtante. 

Il y a donc de superbes moments en effet, d’agaçantes et frustrantes ruptures qui conduisent à revenir à ces passages. Métaphore du zapping perpétuel de nos sociétés ? Finalement c’est une forme de boucle qui se construit : et si écouter l’album en mode repeat était la solution ? Dans les paroles certains mots nous rappellent bien l’univers habituel de JLM : « Coltrane », « Travaux sur la N89 » ( et son superbe piano d’intro, si brève l’intro…) ou encore « La vie me va ». 

Qui connaît Murat en concert ne sera pas surpris de voir le chamboulement car enfin, il a toujours cassé les codes et envoyé valser la bienséance de concerts formatés se ressemblant au risque de l’effroi du spectateur-auditeur venu entendre les tubes radios : Muragostang en est le meilleur exemple, mais pas l’unique. La tournée en duo guitare batterie, superbe réussite, témoigne, elle aussi, d’une capacité hors norme à tout bouleverser. 

Paradoxalement, cet album si peu évident à écouter nous invite à la réécoute et agit par strate. Des lignes de basses, des nappes, des moments aériens, d’autres bien plus terriens, nous ramènent à l’évidence du talent mélodique de l’auteur. Et nous invite à dire « Encore ! » PS : Nouvelle écoute : A l’évidence il y a de vraies chansons majeures : « Dis-le le » (je sais, j’insiste), « Coltrane », « Garçon », "Chanson de Sade" s’inscrivent dans la lignée des grandes chansons de JLM sans aucun problème ! 


2011 : homme seul perdu de vue

Je ne suis pas dylanologue, muratien, expert es homme chantant. J'ai passé l'âge d'être fan ce que je n'ai d'ailleurs jamais aimé-assumé d'être. T'as déjà fait la queue pour un autographe bâclé de merde? Autant dire que je ne veux pas être pris pour ce que je ne suis pas à l'heure de parler du dernier opus de JLM Bergheaud - pardon, Jean Louis Murat. D'autres seront plus légitimes pour en discourir et analyser la chose : Bayon a chroniqué le disque hier ou avant hier dans Libé, qui est le seul quotidien à faire place à ce disque en deux pages. Si après ces précautions de délégitimation vous lisez ceci c'est que vous l'aurez voulu.

Je ne suis pas muratien ni fan en mode transi, juste auditeur passionné d'un auteur prolixe que j'estime admirable (digne d'être admiré).

Admirable indépendance, faisant fi des modes courants et temps de l'industrie musicale, sort son disque annuel juste parce qu'il écrit des chansons et les enregistre!

Admirable régularité de qualité d'écriture. Oh, certes, il n'évite pas la répétition, parfois, mais la cohérence est à ce prix, de redire la même chose toujours et encore (toujours le même t'aime disait Gainsbourg.)

Admirable musicalité du timbre et de l'intonation, de phrasé...

Bon voilà j'aime bien mais encore?

L'homme seul perdu, qui se retient mais qui aime à se vomir parfois, qui répand sa médiocrité et son exigence tout à la fois, sa peur et son arrogance en même temps, la nature et la culture, le primitif et le policé des moeurs...

Le versificateur capable d'écrire, Verlaine, Baudelaire, Rimbaud et Blondin, les chants passés, les champs et les prés, et Bahamontès.

La chanson semble sans fin parfois, revient d'un album à l'autre par une intonation et un phrasé, qui n'est rien moins que la mise en dehors d'un rythme intérieur : écouter la manière de chanter :"En détail d'une journée / Voilà les derniers moments", rythme que l'on entend dans de multiples albums gage de sincérité plus que d'une marque de fabrique.

S'arrêter au bord d'un chemin, en haut d'une colline, regarder au loin et au près; sentir la rosée sous nos fesses mouiller nos jeans délavés. Et pleurer de joie devant tant de beauté et ce qu'on est capable d'en faire. Boire un verre de rouge, un pinot qui prend le goût de la terre d'où il est né, au soir, une table en bois sous nos coudes élimés. Se taire et rire enfin ou pleurer selon ce que le feu de la veillée et le goût du vin nous aurons dicté.

J'aime que quelqu'un puisse dire :

"Je voudrais me perdre de vue ... dans une absence congénitale ... dans un simple chant de berger";

mercredi 24 mai 2023

Si je m'attendais

Une seule chanson et mille émotions. Comment dire que Murat a défini la chanson parfaite (une fois de plus). C'est incroyable. Oh vous... si je m'attendais... Je suis à genoux... (hiboux, choux mais caribou). Chère vous.... C'est magnifique. Bonjour toi!

Baby Love.

Baby Love. Titre ambigu. Amour qui s'en va (surtout), amour qui vient (peut-être). Murat sort un disque. Évènement. Annuel. Quand même... Écoute la musique de ça : "Aux sources de la Loue/ je ne sais quoi j'attendais / Sans doute le début du monde/ Troubadour rêvassait/ je ne sais quelle mélodie / So long" (Si je m'attendais) Merde, le mec est un tueur. Première écoute... sceptique. Et puis la musique explose: des guitares partout mais dans les recoins de la rythmique. Stax! Shit!Même quand l'évidence mélodique n'est pas là, l'évidence musicale y est.Et surtout la qualité de l'intention. En gros l'histoire est celle d'un mec qui se sauve du désamour par la chanson ce "métier de mulot". Écouter, donc "Montboudif", "ça c'est fait", "si je m'attendais", "La princesse of the cool", "réparer la maison"... ça aurait pu s'appeler Alcools... Je crois. On sent aussi que "Travaux..." a été un travail fondateur (lire ici). Là des sons, des machines et des idées ressurgissent de cet album de non-chansons qui a tant dérouté : il était porteur de trucs je l'ai déjà écrit. Et c'est bien. Voilà. Ça c'est fait.

Murat 2019

16 octobre 2019, centre culturel Georges Pompidou, Vincennes... Début de la nouvelle tournée de Jean Louis Murat, qui fait suite à celle de l'an passé, celle d'Il Francese, qui a donné lieu à enregistrement "Live" (Innamorato)... Je n'ai pas mon diplôme en muratologie et je ne compile pas les set-lists quotidiennes comme autant d'éléments de preuve à charge ou à décharge. Je suis simple spectateur passionné. On passe d'abord devant l'éternelle Jocelyne que l'on va saluer. La salle est comble et semble moins glauque que l'entrée déprimante du bâtiment ne le fait préjuger. Chacun y va de son pronostic sur l'humeur de Jean Louis Murat : va-t-il encore bougonner et râler? L'audience sera-t-elle réceptive? Ma question à moi, c'est : quelle nouveauté sera l'objet du concert? J'avais été frappé au "café de la danse" en décembre 2018 par la justesse musicale de la formation. Le son était porté par la batterie de Stéphane Reynaud, fine et puissante et la basse agile de Fred Jimenez. Murat était essentiellement à la Télécaster et c'était très bon. Ce mercredi soir 16 octobre on retrouve cette formation. Le moins que l'on puisse dire c'est qu'elle sied à merveille à Jean Louis Murat. Ces trois-là jouent ensemble depuis très longtemps, cela se sent et c'est très soudés qu'ils déploient leur musique. C'est un GROUPE et c'est cela qui m'impressionne ce soir. Pour varier ses plaisirs et parce que c'est son bon plaisir que de changer quelque chose, Murat a troqué l'électrique Fender pour une guitare électro acoustique 12 cordes. Dès le premier morceau, "Kids", on se sent pris par une vraie magie, l'art de transformer et de réorchestrer pour trio des chansons enregistrées dans un environnement bien plus complexe. C'est l'art de Murat de savoir désosser les chansons d'en retenir la substantifique moelle et d'en proposer d'éternels recommencements. On est vite rassuré sur l'ambiance : il est de bonne humeur et le public est prêt à s'embarquer et y trouve du plaisir. Les trois compères se trouvent facilement : si JLM est leader, c'est sa musique, ce sont ses chansons, il est clair que les deux lascars qui l'accompagnent sont partie prenante du projet : Les lignes de basse sont puissantes et musicales, la batterie est imparable, nette d'une précision diabolique. Nous aurons droit à l'harmonica sur quelques merveilles : l'envoûtant "Je me souviens", le superbe "voyageurs perdus" (Tristan, 2008, dont il joue aussi "Tel est pris" façon rock). Entre-temps "Hold-up" est passé par là, "Cinévox" aussi (seule fausse note dans l'arrangement raté, à mon avis) et ainsi que "Gazoline". Des extraits de Morituri bienvenus : "Tarn et Garonne", "French Lynx" très réussis. "Over and over", et "Agnus dei Babe" de Toboggan. Un final très décontracté avec des inédits pour s'amuser, les morceaux qui vont rythmer la vie de la tournée, rompre la monotonie des soirs recommencés : avec JLM pas trop de risques, il déteste ça, semble-t-il refaire le truc.... On ressort de là ravis, après des applaudissements chaleureux, et trois musiciens semble-t-il heureux aussi de la tournure des événements. Et je me repose la question : qu'est-ce qui le tient, si haut, si exigeant? Chut,tais-toi, écoute. Au fait un nouvel album est annoncé pour février! Sur JLM , lire aussi la critique d'Il Francese et celle des singles, celle de Travaux , et des impressions variées ici et là...

dimanche 3 avril 2022

La folie Vitry!

 Manu Chao en concert. Le type ne fait plus d'album, sort des enregistrements sur les réseaux depuis son repère barcelonais. Il n'est plus en carrière, il est musicien de vie. Tournée dans les Balkans, en Italie, participation à des concerts de soutien à des assos, parfois devant 15 pelés. 

Il s'annonce via l'association Los Locos à Vitry, au Kilowatt. Vitry. On l'avait vu en 2019 au Crapo à deux encâblures dans la même zone industrielle. Voilà les lieux qui le motivent à jouer en France désormais et c'est tant mieux. 

Combien de fois l'avons nous vus? Tant que je ne saurais dire et dans de multiples configurations. Avec la Mano bien sûr puis avec Radio Bemba, la Ventura ou en duo. Il y eût Pigalle, St Denis, la Clef à Saint Germain, Sèvres, La Bastille, l'Olympia (mythique) ... Puis Langon, Vic Fézensac (Magique !), l'Huma, Creil, des Bercy, Gignac (la folie Gignac!)... J'en passe... 

Le concert d'hier m'a scotché. Non par l'originalité. Ca fait longtemps que ce set est le même ou presque, et pourtant toujours différent! Hier soir, le concert a franchi le mur impalpable de la magie qui fait que d'un bon moment tu passes à un moment unique gravé dans le temps et le cœur. Ce moment où il change de dimension. On était à deux heures de concert avec une super ambiance, un public de feu et plein de bienveillance (envers les plus petits que soi, envers l'autre quel qu'il soit tout simplement) quand, presque d'un coup, une étincelle que l'on n'a pas vu venir, le public est devenu "fou". La ferveur est montée progressivement et est devenue boucan infernal. Comme une explosion de joie, de rage, de bonheur d'être là et que, non, décidément on partirait pas, on se tairait pas. Effet post Covid (mais c'est pourtant  pas le premier concert de "l'après...")? Effet pré Macron ère 2 ou Le Pen 1? (mais il n'y eût aucune incantation politique)? Simple effet de la musique d'un musicien heureux de jouer "à domicile", de retour en banlieue? Je ne sais pas. 

Juste un moment où la soirée bascule dans une dimension où on n'a plus prise analytique sur le cours des événements, sauf que l'on y participe pleinement. Et ce fut une heure supplémentaire de hurlement à chaque refrain, de riffs de cuivres vocaux puisque de cuivre il n'y avait guère, de bondissements et de pogos. Un bonheur incroyable se lisait sur le visage de chacun lorsqu'au 5e rappel l'heure de rallumer la salle avait sonné. Un magnifique concert, dans un lieu simple, trois cabanes et un chapiteau. 20 balles. Un musicien qui donne TOUT avec ses compères :  Philippe Teboul alias Garbancito de la Mano Negra et Lucky Salvadori, magnifiques et généreux eux aussi! 

Et l'on sortait KO. Merci au lieu, à Los Locos, de faire que des moments comme ça existent encore. 


mercredi 19 mai 2021

Souchon 2021

 Un album incroyablement mélancolique de Souchon en acoustique qui recycle des titres récents et anciens en version mineur et déprimée. Incroyablement souchonien et direct au cœur. Alors en 1 "âme fifties" débarrassée de scories baloches. Puis suit une version de "j'ai perdu tout c'que j'aimais" une très vieille chanson qui trouve là sa meilleure version sans pathos ni chœurs déplacés. En suivant, la chansonnette coécrite avec Edouard Baer  "Presque" devient presque bien. "Rame" est juste poignante et "On avance" trouve sa version ultime. Portbail reste la magnifique chanson que l'on connaît, un ovni : "la jolie maison d'Portbail"...Caterpillar" prend une dimension inédite. Puis le choc : "Foule sentimentale" en mode déprimé déprimante.  "Un terrain en pente" clôt cet enregistrement classieux et économe. Merci Monsieur Souchon.

dimanche 7 octobre 2018

Il Francese

Il Francese... Le Français qui voulût être roi d'Italie. Non ... roi de Naples et de Sicile, nuance! Murat. Jean Louis Joachim Murat, homme du siècle, homme des siècles, passés et présent. L'album est donc sorti depuis 8 jours. 8 jours d'écoutes quotidiennes, pour comprendre, chercher, se laisser bercer de sonorités, de mélodies, d'ambiances... Grand disque d'aujourd'hui, d'hier et de demain. Classique et moderne. Identités multiples, cheminements sinueux : les méandres des fleuves et des rivières, les lacets du sentier de montagne sont aussi ceux de la versification, de la mélodie et des arrangements. Rien de rectiligne. Mélange des langues, des styles, des écritures : "Hold-up, trafiquant de cerises, hold-up, experte en rutabagas". Cheminements trans séculaires et transfrontaliers, ceci n'est pas qu'un album de chanson française, terme refusé par l'auteur... Même si le français est la langue principale et son écriture parfaitement maîtrisée : "Sous un ciel de traîne, un amour s'en va..." : des phrases qui tombent si bien... Ou encore : "Good bye / En souvenir de vous / je guette du Ventoux / le moindre feu de paille / Kids i've got a message for you." Les personnages, de JLM à ceux qui l'inspirent, se mêlent en une identité multiple, pas d'image nette : regarde la pochette! Musicalement, synthèse de ce qui fait Murat depuis longtemps : machines, mélodies, piano, rythmes électro, (tr)hip hop, blues... Refus de s'enfermer. Il y a du Gainsbourg (pas du Gainsbarre) dans cet album-là, servi par une culture aux aguets, qui ne sent ni la naphtaline bon teint, ni la putasserie "air du temps" bon marché. Vrai disque cohérent, mais non monocorde, à tous points de vue. Quelques lignes de basse parfaites (Hold-Up); quelques intros piano parfaites itou, mâtinées de sons synthétiques et de phrases qui tombent à pic, (superbe Silvana; envoûtante Treizième porte); quelques images fortement évocatrices (Cinévox); quelques imparables mélodies d'un classicisme élégantissime et brillant (rendre l'âme , Je me souviens). Il Francese puise loin au fond des racines de l'écriture de notre langue. La Renaissance, Rimbaud, le monde contemporain sont convoqués pour créer la poésie d'aujourd'hui. Murat, écrivain de -ou en- chanson. Mais l'arbre n'est pas que racines. Français de culture, clairement à l'écoute du monde autour, notes orientalistes parsemées de-ci de-là, sons et choeurs anglo-saxons revendiqués, Il Francese ne s'enferme pas dans une identité terroir, marque de fabrique trop facilement étiquetée sur son dos. L'oeil et les oreilles sont aux aguets de ce qui se crée de par le monde, du vent qui souffle. Cela depuis toujours et je réécoute la pharmacienne à Yvetôt... D'Achtung à Je me souviens le voyage est parsemé de paysages grandioses et de cailloux, d'horizons lointains et de douleurs articulaires, de pensées embrumées et de désirs fugaces. Une montagne à gravir pour se recentrer : se chercher dans d'autres vies pour parvenir à exister. Et in fine ne serait-ce pas une recherche de géographie poétique de soi que d'écouter Murat? "Je voudrais me perdre de vue ... dans une absence congénitale ... dans un simple chant de berger" (Grand lièvre). Pour ceux qui sont adeptes le lien ultime sur murat c'est ici http://www.surjeanlouismurat.com/

samedi 22 septembre 2018

Murat, nouvel opus.

Le nouveau Murat n'est pas sorti mais on en connaît les contours. Attention, avis de chef d'oeuvre? Trois extraits sont disponibles. Hold up le premier est une parfaite réussite à tendance électro pop mitonnée aux petits oignons. Si Ciné vox m'a laissé de marbre, le troisième extrait Je me souviens est une pépite lumineuse, une perle, un joyau, témoin du talent scandaleusement ignoré de la masse de Jean Louis Murat. Chaque mot pesé, l'imparable musique des mots, la parfaite diction, le rythme du phrasé, la voix chaude et étonnamment agile, tout concourt à faire de ce morceau un manifeste au talent. Ne serait ce que pour ce titre sublime, l'achat en double de l'album est obligatoire et sa mélancolie subtile devra faire l'objet d'un traitement particulier par la Sécurité Sociale. Par ces titres, JLM nous rappelle qu'il est non seulement l'auteur français le plus prolifique de son temps, mais surtout le plus audacieux. Audace du classicisme et du modernisme mêlés. Attention, Murat ne bouffe pas à tous les rateliers : il explore les champs de ses sensations et décide de créer, de remettre toujours l'art en chantier. Je me souviens est d'une écriture si fluide, d'une mélodie si évidente, qu'il faudrait que les critiques fainéants délaissent un peu leurs rengaines convenues : "barde auvergnat", "paysan chanteur ermite de la Bourboule", "rock folk boisé à la Neil Young" et j'en passe... Qu'on le dise enfin : il y a plus de poésie chez Murat que chez bien des écrivaillons de la rentrée littéraire! "De la musique avant toute chose" disait Verlaine... Je me souviens est de ces textes dont la musicalité est patente, et dont le sens importe peu, l'intimité du sujet n'ayant non plus aucune importance, même si malgré l'étrange thématique de Murat en Italie choisie, bien des vers sont des authentiques rengaines muratiennes intérieures : "en demi conscience j'allais au fond des ténèbres, sous ta robe blanche la nuit est surnaturelle...". Voilà un rappel simple de ce qu'est JLM : un écrivain de chansons. Sur JLM lire aussi... Travaux... En quête Homme seul

mercredi 29 août 2018

Flor del fango 2018.

Il n'est pas trop tard pour faire écho au retour de la flor! Flor del fango groupe de la scène alternative de la fin des 1990's est revenue en pleine forme en 2018. Annoncée par Daniel lui-même au creux de nos oreilles lors d'un concert des Patron$ à Montreuil, nous avions bondi de joie. (Nous, car on était deux dans la confidence ce soir-là. Mais d'autres bien mieux informés devaient le savoir...) Pourquoi? D'abord parce que le disque était devenu introuvable Et puis tout de même, des bouts de Mano Negra, de Chihuahua, Parabellum, Frères Misère et autres, on fait pire comme casting... cela s'écoute non? Le concert parisien de l'Alhambra avec Majid de la Radio Bemba et de La Ventura (les groupes de Manu Chao pour ceux qui sauraient pas , pff...) fut une révélation, non pas de la qualité, mais de l'éternelle joie de jouer de ces désormais vieux briscards... Qu'en était-il de l'album Hekatombeando, enregistré entre 2002 et 2004 et sorti seulement pour le retour cette année? Un album absolument magnifique et qui ne sonne pas daté! Si la parenté avec la Mano apparaît ça et là (sur Hekatombeando et le final d'Indio Hermano notamment) une vraie identité se dégage pour le reste. On se souvient alors et on remesure l'importance de Daniel dans le son de Mano Negra : ce disque est un maelstrom de guitares en tous genres. Daniel s'éclate à l'électrique, à l'acoustique et les rythmiques étant implacables, c'est un bonheur musical. Le format chanson est bien plus net que dans la Mano et cela rappelle davantage alors les Chihuahua sur ce point. Avec des tubes potentiels nombreux qui feraient un tabac si les fainéants de la bande FM se donnaient la peine d'écouter! "Mujer", "Je laisse venir", "Caballero de nada" (mon titre préféré) "Dans tes Bras" et "La Punta del Iceberg" sont des réussites totales. Au chant, Maru Castillo se donne sans compter avec une sincérité qui emporte le morceau, haut la main. Le groupe sonne compact (bravo le mix) et le concert sur ce point est révélateur : les 15 ans de pause n'ont en rien altéré la complémentarité des lascards et de la fleur. Un grand disque qui devrait tourner en boucle partout. Pour l'heure c'est la flor qui tourne. Des dates jusqu'en janvier. Yeah!

samedi 2 décembre 2017

Neil Young.

Neil Young est un génie et ce n'est pas moi qui vous l'apprend. Mais notons l'initiative magnifique qu'il a finalement concrétisé ce jour: l'ouverture au public de la totalité de ses archives sonores. Tout ce qui est disponible rendu public de son vivant par un auteur! C'est un geste de partage absolument magnifique, puisqu'il est désormais possible d'écouter tout Neil Young, tout!, y-compris les trucs les plus rares et inédits (période Squires, Live et autres enregistrements) et également d'acheter tout ce "matériel"... Notons que la maniaquerie quasi maladive de l'auteur est indispensable à ce type d'entreprise et se met donc au service de l'auditeur et de l'écriture de sa propre histoire; Cela continue l'autobiographie géniale de ce type. Il faut admettre une dose de mégalomanie assumée ou, plutôt, une lucidité et une conscience de sa propre importance dans l'histoire de la musique pop pour faire ceci! C'est ici et c'est un élément de plus à la légende. Sur Neil Young lire aussi ceci.

mercredi 29 novembre 2017

En quête.

A l'heure de l'énième écoute de Travaux..., me viennent ces quelques lignes inspirées des souvenirs d'un concert de la tournée "Babel". Au sortir de ce concert parisien de novembre, au New Morning, la question semblait évidente : qu’est-ce qui pousse Murat ? La réponse aussi : ça ! Ce que nous venions de vivre, voir, entendre, sentir : un beau concert unique. Ce soir-là, dans cette salle dont le mythe n’est plus à redire – mais le choix d’une telle salle n’est pas innocent – ce soir-là donc, hormis quelques méchancetés finalement convenues, sur les statues de commandeurs (Souchon-Voulzy pris comme un seul être, Aznavour, Faithfull, Jagger ou Trenet) Jean Louis Murat, avait donné ce qui le tient : une musique forte, une présence vraie, voire incandescente. La voix poussée dans ses retranchements, le groupe, d’abord derrière, poussé devant, puis en fusion avec le chanteur, les improvisations : un concert pour amateur de sensations. Me revenait alors l’incroyable performance de l’année d’avant en duo guitare-batterie : c’est une évidence : pour JLM le concert est un instant à vivre et non une machine à cash, une routine de baloche. Mais alors pourquoi cette posture à s’en plaindre et à souhaiter la fin du parcours dans ce « métier de merde » ? Qu’est-ce qui pousse Murat ? Nous souhaitions comprendre et pour cela replonger dans les chansons. Ne pas s’arrêter aux interviews « peep-show » comme il les avait nommées lors du set, mais revenir à l’œuvre car ce n’est pas trop dire que de parler à l’égard de la somme muratienne, d’une œuvre. Oublier le rigolo de mauvaise humeur, le solitaire auvergnat qui monte à Paris pour y faire un show attendu sur des plateaux TV où les animateurs ne manqueront pas de susciter le scandale de tel ou tel propos, de telle ou telle humeur. Car ainsi marche la machine ; Non, ce qui nous tient c’est la question : qu’est-ce qui pousse Murat vers cette exigence scénique, vers cette prolifique discographie, vers ces chansons-fleuves où l’on se noie, ces forêts de sons où l’on se perd, parfois, avec délices, ou plus perversement avec effroi... ? Il nous fallait dans ces chansons, dans cette jungle de mots, trouver qui était le troubadour, de quel bois il était fait... Troubadour : C’est le titre d’un album de feu JJ Cale, avec qui Murat possède plus d’une ressemblance. Même solitude affichée, même mépris pour le jeu du spectacle, même amour de la guitare. Mais l’image n’épuise pas le bonhomme… Le nouvel album Travaux sur la N89 est l’occasion de revenir sur cette quête tant, à l’évidence, il est lui-même au cœur d’un questionnement sur l’art d’écrire (« de la chose infernale comment faire une chanson ? »). Si "Travaux..." nous perd souvent et nous déroute c'est que, comme pour un Neil Young, par exemple, le chemin de Murat n'est pas rectiligne. Et sa sinuosité est passionnante... A suivre…

Murat, attention aux travaux!

Donc, le nouveau Murat, attendu comme un événement parce que tout de même les derniers étaient de grandes réussites. (On met au défi quiconque d’aligner en si peu de temps des albums de la qualité de la série : Le cours ordinaire des choses – Grand lièvre – Toboggan – Babel – Morituri… ) L’ambiance un peu délétère dans laquelle était plongée l’annonce de l’absence de tournée après Morituri amplifie le désir des retrouvailles. Le teaser et les premiers bruits sont excitants : On ne sera pas en terrain connu et Murat est en chantier ! C’est fait, objet acheté… Qu’en est-il des travaux ? OVNI de prime abord. Rien d’entendu nulle part… Et pourtant rapidement apparaît l’évidence… On est bien en terre muratienne. Quelques lignes mélodiques imparables disséminées tout au long de l’album entretiennent l’attention et l’espoir d’une chanson au format traditionnel, qui ne viendra pas… : l’intro de « Dis-le le », celle de « Garçon », « Alamo » sont somptueuses et annoncent des tubes potentiels…. Avec « Le chat », « Quel est le problème Moïse ? », « Travaux sur la N 89 » des sons de tous genres nous rappellent que Murat s’est plus souvent que beaucoup d’autres fréquemment remis en question par la recherche de nouveaux territoires. Et que la chanson peut mêler les formes : en l’occurrence pop, blues électro, chansonnette… « Cordes » est un exemple de voyage à l’intérieur des chansons de leurs multiples ambiances. Idem pour « Dis-le le » absolument envoûtante. Il y a donc de superbes moments en effet, d’agaçantes et frustrantes ruptures qui conduisent à revenir à ces passages. Métaphore du zapping perpétuel de nos sociétés ? Finalement c’est une forme de boucle qui se construit : et si écouter l’album en mode repeat était la solution ? Dans les paroles certains mots nous rappellent bien l’univers habituel de JLM : « Coltrane », « Travaux sur la N89 » ( et son superbe piano d’intro, si brève l’intro…) ou encore « La vie me va ». Qui connaît Murat en concert ne sera pas surpris de voir le chamboulement car enfin, il a toujours cassé les codes et envoyé valser la bienséance de concerts formatés se ressemblant au risque de l’effroi du spectateur-auditeur venu entendre les tubes radios : Muragostang en est le meilleur exemple, mais pas l’unique. La tournée en duo guitare batterie, superbe réussite, témoigne, elle aussi, d’une capacité hors norme à tout bouleverser. Paradoxalement, cet album si peu évident à écouter nous invite à la réécoute et agit par strate. Des lignes de basses, des nappes, des moments aériens, d’autres bien plus terriens, nous ramènent à l’évidence du talent mélodique de l’auteur. Et nous invite à dire « Encore ! » PS : Nouvelle écoute : A l’évidence il y a de vraies chansons majeures : « Dis-le le » (je sais, j’insiste), « Coltrane », « Garçon », "Chanson de Sade" s’inscrivent dans la lignée des grandes chansons de JLM sans aucun problème ! Si cela vous intéresse j'avais déjà écrit ceci sur JLM : https://lamouetterouge.blogspot.fr/2011/09/homme-seul-perdu-de-vue.html et aussi ceci : https://lamouetterouge.blogspot.fr/2017/11/en-quete.html

mercredi 5 avril 2017

lettre à un chanteur disparu

Cher Renaud Séchan, on ne se connait guère, on ne s'est vu que de manière assez inégale, moi dans le public, vous sur scène, à plusieurs reprises; On ne se connaît guère, néanmoins, puis je vous appeler Renaud? Vous avez annoncé, cher Renaud, que vous voteriez Macron, après avoir déclaré votre sympathie à Fillon, appelé à voter Bové, Mitterrand etc. J'admire votre constance à exprimer publiquement votre soutien au moment T, quand personne ne vous le demande... Serait-ce volonté, peut-être goût, de prendre des coups? Votre déclaration est, d'après ce que j'en comprends, moins une prétention à croire en une influence quelconque que vous auriez, mais à un "foutez moi la paix" préventif... Peu importe, en fait. Personnellement, je reste surpris de vos choix mais ils ne me regardent guère. Naguère, vous avez écrit quelques chansons magnifiques, qui resteront comme des moments importants de la chanson française. Parmi elles, Oscar, Banlieue Rouge et Son bleu. Pour ces trois-là cher Renaud, j'aurais vraiment voulu que vous vous abstinssiez de déclamer votre préférence envers le candidat Macron. Je n'ai pas la prétention d'être écouté par vous, ni de vous faire changer d'avis, cela ne me regarde pas. Mais enfin quand on a écrit ces chansons là, peut-on vraiment croire au candidat Macron, même face au péril facho? Je réécoute ce Renaud-là, chanteur disparu comme sa voix... et je me dis qu'il faut voter Mélenchon... pour faire péter tout ça! 'Tain c'est des vachtes de bonnes chansons! Bien à vous cher Renaud et au plaisir de réécouter vos disques. D'avant. "De quinze tonnes de lessive De monceaux de bidoche En cas d'guerre en cas d'crise Ou d'victoire de la gauche Ce spectacle l'écœure Alors elle pense à ces gars Qui sont dev'nus voleurs Elle comprend mieux pourquoi" (Banlieue rouge) "Pourquoi y r'pense aujourd'hui au p'tit V'la dix ans qu'il est parti "Salut pauv' cave Tu s'ras toujours un esclave" Eh ben tu vois gamin Aujourd'hui j'suis plus rien" (Son Bleu) "L'avait fait 36 le front Populaire Pi deux ou trois guerres pi mai 68 Il avait la haine des militaires J'te raconte même pas c'qu'y pensait des flics Il était marxiste tendance Pif le chien Syndiqué à mort inscrit au parti Nous traitait d'fainéants moi et mes frangins Parc' qu'on était anars tendance patchouli" (Oscar)

dimanche 15 janvier 2017

Complètement stone!

L'album des Stones disque du mois chez Rock et Folk.. Humm, je me méfie. Je lis la chronique et là je suis mi figue-mi raisin, mi fuite mi raison... Le coup du "meilleur album depuis Exile on Main Street" (1972) on me l'a déjà fait! Pour rappel, on parle là d'un fan exigeant d'un groupe mythique, pour qui les enregistrements à Chicago restent parmi les meilleurs faits par le groupe, avant l'incroyable série de 5 albums géniaux (ni plus ni moins) : Beggars Banquet,Let it Bleed, Get yer ya ya's out, Sticky Fingers et Exile on Main Street donc... Depuis, ce sont des albums qu'on achète et dont on ressort au mieux une face, au pire un riff.... C'est donc avec méfiance, circonspection et tremblement aussi, car tout de même, c'est les Stones, merde! Et là... la claque. Du blues crado comme il se doit, senti, envoyé dans la tronche, en prise live! Et on s'aperçoit que c'est le meilleur groupe de blues de tous les temps, qu'on le savait et que ça, jouer le bues de Chicago et du delta ils le font mieux que quiconque. Et l'on entend Charlie taper comme un malade parce que cette musique-là il l'aime! Et Mick souffler et gueuler comme pas entendu depuis longtemps! Et Ronnie envoyer des solis qui ont le droit de sonner crasseux et Keith qui nous assure une rythmique brutasse. Deux fois, God, Eric Clapton, intervient parce qu'il était dans le studio d'à côté et ses phrases à la slide sonnent comme en 1965 avec les Bluesbreakers. Le nouveau Rolling Stones est bien le premier disque des Stones qu'on réécoute en boucle depuis Exile! Et c'est simplement une session de trois jours. C'est comme un testament : la boucle est bouclée. 50 ans après : c'est qui les plus forts? Inutile de dire que je ne me précipite pas pour acheter le live à La Havane.... Blue and Lonesome. Pochette affreuse. Que du son!

vendredi 14 octobre 2016

Dylan vs Assouline (combat pas équitable)

Pierre Assouline ("qui ça?") a dit que Dylan (Bob) n'avait pas d'oeuvre. Pierre Assouline ("qui ça?") commencerait-il une carrière de comique troupier? Les seules 11 mn de desolation row de Bob (Zim) contiennent plus de sens que tous les livres de Pierre Assouline ("qui ça?").